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Culture

Abdelkrim Chiguer : «Le cinéma donne forme à l’informe»

Pour le 30e Festival du cinéma méditerranéen de Tétouan, le responsable du programme documentaire nous dévoile les coulisses d’une manifestation qui célèbre le 7e art comme un outil d’émancipation, un pont entre les rives et les âmes. Échange brut et ciselé, comme un montage en contrechamp.

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Abdelkrim Chiguer nous raconte comment le cinéma façonne la vie, libère les voix et tisse des ponts entre les rives et les générations. Chez les «amis du cinéma», l’œuvre «n’est pas une bulle, c’est un souffle vital».

Abdelkrim Chiguer, 30 ans de festival, c’est l’occasion d’un regard en arrière…
Trente ans, c’est le temps qu’il a fallu pour passer de la passion au projet. Le Festival du cinéma méditerranéen de Tétouan avance avec une idée fixe : légitimer le cinéma, lui donner du poids, du vrai.

Pas un simple écran, mais une institution. Tout est pensé : le choix des films, les colloques, les activités parallèles. On sort des salles obscures pour aller dans les prisons, les écoles, les lieux où le cinéma ne va jamais. On parle aux critiques, aux chercheurs, aux spectateurs aussi.

Il fut un temps où la cinéphilie tournait en rond, enfermée dans sa bulle. Aujourd’hui, on ouvre les fenêtres. On relie les disciplines : le social, le théorique, le philosophique, l’historique. On archive, on photographie, on construit la mémoire du festival image par image.
Notre logique, c’est la structuration : accompagner l’effort de l’État, des associations, des nouvelles salles. Être partie prenante d’un mouvement qui façonne autant la cinéphilie que la cinématographie. Le cinéma, on veut qu’il soit notre pain quotidien. C’est ça l’éducation filmique.

Cette éducation filmique, vous la portez jusque dans les prisons, les écoles…
Absolument. Faire du cinéma, c’est faire de l’éducation citoyenne. Quand on va dans les prisons, ce n’est pas juste pour montrer des films, c’est pour réinsérer. Face à un film, l’expérience peut être une libération : l’individu change, se détache de ce qui entrave sa volonté.

C’est la fonction thérapeutique de l’art : insertion sociale, guérison. Celui qui va au cinéma aime la vie, et celui qui aime la vie va au cinéma. Aimer le cinéma, c’est aimer la vie. Pourquoi ? Parce que le cinéma donne une forme.

Parfois plus forte que celle que la vie offre. Il organise l’informe, façonne ce qui n’a pas encore de contours. Il crée des formes inédites. Et soudain, la vie devient plus proche, plus visible. Entre le cinéma et la vie, il ne devrait pas y avoir de frontière. L’idée, c’est de les rapprocher.

Dans cette édition, le programme documentaire que vous pilotez – des plongées dans les silences méditerranéens – brasse les cultures comme un carrefour…
En effet, c’est un carrefour de regards, de récits, de formes. On sent le brassage des cultures, les voix singulières qui se croisent et s’éclairent.

Le festival porte cette utopie : structurer le cinéma au Maroc, là où les salles renaissent et où la cinéphilie s’ouvre enfin au monde.

C’est un travail de patience et d’énergie: cultiver les différences, choyer les singularités des paroles, des avis, des points de vue. Chaque voix compte, chaque perspective enrichit.