Influences
Boudour Wa Joussour : L’art et la culture au service du préscolaire
L’association Oum El Ghait a clôturé l’édition 2026 de son projet pédagogique et artistique « Boudour Wa Joussour », déployé dans les quartiers de Sidi Moumen et Sidi Bernoussi à Casablanca. À travers des ateliers culturels et des spectacles de restitution, cette initiative vise à renforcer l’éveil, la créativité et les compétences sociales des enfants du préscolaire, tout en accompagnant la professionnalisation des éducatrices.
Boudour Wa Joussour, une initiative de l’association Oum El Ghait, place la culture, les arts et la créativité au centre de l’éducation. Au fil d’ateliers et de spectacles de restitution, plusieurs enfants ont exploré émotions, imaginaire et vivre-ensemble à travers un conte soufi adapté.
L’enjeu dépasse la simple animation et consiste à favoriser un développement global dans des contextes où l’égalité des chances commence dès le plus jeune âge.
Lancé par Oum El Ghait, le projet Boudour Wa Joussour a rythmé l’année scolaire 2025-2026 dans les quartiers de Sidi Moumen et Sidi Bernoussi. Il s’achève par une tournée de spectacles en mai et juin 2026. Des enfants ont eux-mêmes présenté les fruits de leur travail, encadrés par des éducatrices, des artistes et des experts.
«Nous visons un éveil artistique et culturel qui renforce les compétences langagières, motrices, sociales et créatives», explique Amal El Kadiri Berrada, présidente et fondatrice de l’association. Le projet s’inscrit dans une vision plus large, celle d’un préscolaire de qualité accessible à tous, particulièrement dans les zones urbaines défavorisées.
Au cœur du dispositif figure le conte «La Huppe et les Douze Oiseaux». Libre adaptation de «La Conférence des Oiseaux» de Farid al-Din ‘Attar, réécrit par le Pr Faouzi Skali et adapté pour les enfants par les Prs Khaled et Brigitte Andaloussi. Chaque oiseau incarne une émotion ou une qualité humaine. Les petits explorent ainsi leur imaginaire, leur patrimoine culturel marocain et les valeurs de solidarité, de respect et d’ouverture à l’autre. Le récit devient un support poétique pour l’expression émotionnelle et les premiers apprentissages relationnels.
Les ateliers intègrent théâtre, musique, arts plastiques et mouvement. Les enfants produisent des créations collectives. Ils développent leur motricité fine, leur vocabulaire et leur capacité à coopérer.
Former les éducatrices, impliquer les familles
L’association a mis en place une évaluation structurée. Elle observe cinq dimensions qui sont la cognitive (curiosité, pensée critique), la langagière (expression orale), l’esthétique-créative (imagination, sensibilité artistique), la motrice et la sociale-citoyenne (écoute, confiance, vivre-ensemble).
Des grilles d’observation, l’analyse des productions et le suivi des interactions documentent les progrès. Les familles sont associées à cette démarche de coéducation. «Ma fille parle plus facilement de ce qu’elle ressent. Elle chante les histoires à la maison et veut dessiner avec ses frères», témoigne Fatima, mère d’une enfant participante. Ces retours, bien que subjectifs, rejoignent les observations des éducatrices formées par l’association.
Oum El Ghait ne se limite pas aux enfants. L’association investit dans la formation continue des éducatrices et dans l’accompagnement parental via des programmes comme CASCADE. L’objectif consiste à créer une continuité entre l’école, la famille et le quartier.
L’édition 2026 s’achève donc sur une volonté de pérennisation et de déploiement progressif. Oum El Ghait mise sur une approche structurée fondée sur un accompagnement de proximité et une évaluation continue des pratiques.
Dans un pays qui généralise l’enseignement préscolaire, l’expérience de Boudour Wa Joussour pose la question du rôle des arts et de la culture, entre luxe et levier indispensable pour l’épanouissement de chaque enfant. La réponse se construit sur le terrain, jour après jour, dans les classes et sur les scènes improvisées des quartiers.
