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La percée des voitures chinoises

BYD, Changan, Geely, MG Motor et GWM sont autant de marques chinoises de plus en plus prisées par les acquéreurs marocains, friands du meilleur profil prix-prestations. Zoom.

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Il y a un peu plus d’une dizaine d’années, les voitures chinoises n’avaient pas la cote au Maroc. Les raisons alléguées par la plupart des experts automobiles expliquant l’échec de l’incursion des constructeurs chinois sur le marché marocain à l’époque sont liées, entre autres, à la production de copies low-cost, peu fiables tant sur le plan de la motorisation qu’au registre de la sécurité.

À ce handicap s’ajoutait le fait que les constructeurs chinois étaient devancés sur le marché domestique par leurs rivaux européens, japonais et sud-coréens au niveau des process industriels et des circuits de distribution.

Aujourd’hui, le vent a tourné et les voitures chinoises déferlent à profusion sur les principales métropoles du Royaume. D’ailleurs, les chiffres officiels rendus publics régulièrement par l’AIVAM confortent la montée en régime des véhicules chinois au niveau du marché du neuf, en pleine croissance au Maroc (+35% à fin avril 2025).

Explosion des ventes pour plusieurs marques
Aujourd’hui, BYD, Great Wall Motor (GWM), Omoda & Jaecoo, Chery, Geely, Changan, DFSK, MG Motor, BAIC et Zeekr (Premium électrique) sont autant de marques chinoises connues du grand public au Maroc.

D’ailleurs, à fin avril 2025, BYD (avec 783 unités vendues), Changan (620), Chery (137), Geely (340), Great Wall Motor (319) et MG Motor (447) ont vu leurs ventes enregistrer une croissance exponentielle (égale ou supérieure à 3 chiffres par rapport à la même période de 2024).

À l’origine de cette prouesse, notre expert automobile, Mehdi Laaboudi, explique: «Les constructeurs de l’empire du Milieu ont su saisir l’opportunité de l’électrification forcée, imposée par les législateurs européen et californien, pour rattraper le gap qui les séparait de leurs concurrents.

Ils proposent aujourd’hui sur notre marché des produits matures, présentant un réel attrait technologique, et, dans la majorité des cas, un rapport prix-prestations pas loin d’être imbattable». Notre source assure que les véhicules chinois sont dessinés dans des centres de style basés en Europe et aux États-Unis.

D’ailleurs, Changan, la marque la plus vendue au Maroc parmi les chinoises, a son centre de design à Turin (Italie) et son réseau de R&D établi dans six pays, dont le Royaume-Uni, le Japon et les États-Unis, des bastions de l’industrie automobile mondiale. De plus, plusieurs joyaux de l’automobile européenne, comme Volvo, Lotus ou MG, sont désormais sous pavillon chinois.

Autre facteur explicatif de l’engouement pour les véhicules chinois : l’inflation des prix des véhicules de marques bien établies au Maroc au cours des trois dernières années.

«Les acheteurs marocains ont perçu l’arrivée des marques chinoises comme une aubaine, voire la panacée face à l’affaissement de leur pouvoir d’achat. Une sorte de partenariat win-win, de rencontre des volontés», analyse notre interlocuteur.

Quid de la sécurité et de la fiabilité ?
Pour ceux qui doutent encore des prestations des véhicules chinois en matière de sécurité, il est utile d’indiquer que la majorité des modèles disponibles au Maroc répondent aux normes internationales (obtention de certifications rigoureuses et intégration des aides à la conduite dernier cri).

Ceci dit, de l’avis de notre expert qui teste des dizaines de véhicules par an, certaines marques chinoises présentes au Maroc doivent faire des efforts pour concurrencer en la matière leurs rivales européennes, japonaises et sud-coréennes.
«J’ai testé récemment des véhicules chinois bien sous tout rapport sur le papier, mais qui sont à des années-lumière des références européennes en termes de prestations routières.

Tangage, roulis, direction floue, freinage déroutant… Je ne citerai pas de modèles, mais on va dire trivialement qu’il y a encore pas mal de boulot à abattre pour certaines marques made in China», confie-t-il.

Par ailleurs, côté fiabilité (moteur, consommation, technologies…), force est d’admettre que ces marques ont beaucoup progressé, mais le bon sens commande d’attendre les retours clients sur les prochaines années pour faire un constat définitif à ce sujet, crucial pour l’avenir du «made in China» dans le Royaume.

Dans le même temps, les «players» chinois les plus forts sont largement en tête sur les technologies batteries et les plateformes dédiées. BYD qui a surclassé le constructeur américain Tesla, jusque-là leader de l’électrique en Europe, est un exemple édifiant (voir encadré).

Un carrefour stratégique pour les constructeurs chinois
Par rapport à d’autres marchés du monde arabe, le marché marocain du neuf (VP, VUL) peut sembler être modeste en termes d’unités écoulées annuellement, et pourtant, il constitue pour les marques chinoises un terrain d’expansion commerciale de choix.

En réalité, d’un point de vue stratégique, la Chine voit le Maroc comme un carrefour stratégique entre l’Europe, l’Afrique et le monde arabe, mais aussi comme un marché automobile en croissance constante. Cette donne est confortée par les performances remarquables du marché automobile marocain du neuf en 2024 et 2025.

Notre source est formelle : les marques chinoises arrivent en force au Maroc, bien préparées et bien entourées aussi. Elles s’allient à des partenaires locaux qui sont souvent des acteurs historiques de la distribution auto et proposent des produits en phase avec les attentes locales : design valorisant, connectivité proverbiale, équipements généreux…

À l’évidence, l’objectif est clair pour les constructeurs chinois : prendre des parts de marché au Maroc et s’imposer rapidement comme une alternative crédible face aux constructeurs historiques.


BYD au Maroc : Un développement susceptible de dépasser la distribution automobile
D’après notre expert automobile, le potentiel de croissance de BYD (cauchemar de Tesla, selon lui) est immense au Maroc. «Son essor pourrait bien finir par dépasser le cadre de la distribution automobile», prédit-il.

Pour rappel, avant même l’arrivée de cette marque chinoise sur le marché marocain, il avait été question d’implantation industrielle stratégique. Ce qui ne s’est pas fait.

«Le SUV compact hybride rechargeable BYD Seal U, une réussite totale, est partout dans nos rues», fait remarquer, en substance, Mehdi Laaboudi, qui indique que BYD, acteur à part, intègre la totalité de la chaîne de valeur électrique (de la batterie au véhicule).

De plus, BYD (marque distribuée par Auto Nejma au Maroc) avance avec une vision claire et des moyens conséquents. Ce qui peut donner des sueurs froides aux marques de l’Ouest, du Japon et de la Corée du Sud qui, jusque-là, dominaient sans véritable menace le marché national.