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Archives LVE 1985. 10.000 autos sorties de la Somaca
Il y a 40 ans, le système de compensation, accordé aux distributeurs-importateurs de voitures, semble donner des résultats satisfaisants : des produits usinés ont été exportés vers de nouveaux marchés.
Les difficultés du secteur marocain de l’automobile sont bien connues de tout le monde, puisqu’elles ne datent pas d’hier et chaque année vont en s’aggravant. Depuis sept ans déjà, ce secteur connaît une baisse permanente du marché.
À titre de rappel, en 1977, il a été monté au Maroc environ 20.000 voitures, alors qu’en 1984 il n’en a été monté que 10.000. Pour les poids lourds, et toujours en 1977, 5.000 camions de moins de 5,5 tonnes ont été montés, tandis qu’en 1984 moins de 1.000 sont sortis des usines marocaines.
Quant aux poids lourds de plus de 5,5 tonnes, si 1.500 unités ont été fabriquées en 1977, seulement 500 ont été montées en 1984. Cette chute vertigineuse trouve son origine dans plusieurs raisons.
D’abord le pouvoir d’achat qui stagne, voire diminue, d’année en année et les prix de vente des véhicules, qui, eux augmentent, font que la demande baisse. Mais, selon M. Moumile, président de l’Amica, cette situation s’aggrave avec le phénomène des importations.
Pour lui, «les importations de voitures étrangères prennent de l’ampleur. Selon certaines statistiques, le résultat est alarmant et le nombre de voitures importées serait égal, en 1983, à 50% au nombre des voitures montées au Maroc.»
Ce phénomène est assez curieux et aurait pu s’expliquer par la cherté des prix des voitures montées au Maroc si le prix de revient (achat+dédouanement) d’une voiture importée, lui, était inférieur. Mais il n’en est rien.
Prenons l’exemple d’une grosse cylindrée, une Renault 20 ou une Peugeot 505 haut de gamme, qui arrivent au Maroc à un prix variant entre 130.000 et 150.000 DH. Ce type de voiture achetée en France aux alentours de 90.000 FF hors taxe devrait arriver au Maroc, avec le taux actuel du dirham, à environ 250.000 DH.
À voir autant de voitures de grosse cylindrée circuler au Maroc, on ne peut que se demander si le pouvoir d’achat a réellement baissé. Mais une autre question se pose, à savoir quels sont les droits de douane que paient effectivement les voitures importées ?
«La Direction des douanes a instauré des règles strictes pour le dédouanement des véhicules importés. Des règles qui sont, à mon avis, saines et valables», nous dit M. Moumile. «Les travailleurs et étudiants marocains à l’étranger bénéficient de la faveur d’importer une voiture et de payer les droits pleins lorsqu’elle est neuve et des droits dégrevés quand elle est d’occasion.
Et puis, il y a les autres qui ne font pas partie de cette catégorie et qui ont une “pénalisation” de 50% sur les droits de douane en vigueur. Ces règles saines, si elles sont bien appliquées, ne peuvent qu’assainir la situation que nous vivons».
«Ce qu’il faut savoir également, c’est qu’il y a des personnes spécialisées dans ce genre de négoce. En France, en Belgique et en Allemagne, le négoce des voitures est devenu un métier.
À mon avis, les travailleurs et étudiants marocains n’ont pas tous les moyens de faire rentrer de grosses cylindrées, c’est pourquoi il faut chercher à savoir par quel biais, par quel canal et comment ces voitures arrivent au Maroc.
Qu’il y ait des voitures importées, nous n’avons rien contre, à condition qu’elles soient importées conformément aux règles mises en place par l’Administration des douanes», nous explique M. Moumile.
Toujours est-il que le prix des voitures reste la raison de la crise que vivent les professionnels du secteur. Car s’il y a dix ans, cinq à six mois du salaire d’un cadre moyen suffisaient pour acheter une voiture, il faut maintenant, pour le même cadre, deux ans et demi de salaire.
«Les consommateurs, constate M. Moumile, ne comprennent pas pourquoi nos prix de vente n’ont pas baissé alors que les droits de douane des CKD ont baissé. En fait ce que le consommateur ne sait pas, c’est que lorsque les droits de douane ont baissé, début 84, la profession disposait de six mois à un an de stock.
Par conséquent, on ne pouvait pas baisser les prix de la marchandise existante».

