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Archives LVE 1965. Des terres coloniales à négocier
Il y a 60 ans, un peu moins d’une décennie après l’Indépendance, le problème des femmes occupées par les colons n’était pas encore résolu. Des entretiens franco-marocains ont eu lieu sur divers plans. À Rabat comme à Paris, on s’échinait à trouver des solutions aux questions encore posées.
1 – À Rabat, se sont terminées les négociations concernant les échanges commerciaux, ouvertes le 15 janvier. Dans l’allocution qu’il avait prononcée lors de la séance inaugurale. M. Senoussi, secrétaire d’État au Commerce, à l’industrie et aux mines, avait déclaré que «les mesures prises par le gouvernement marocain en ce qui concerne les importations sont appliquées sans aucune discrimination» et que ces «mesures de circonstance sont essentiellement provisoires et transitoires…».
Il avait indiqué que ses services travaillaient inlassablement à leur assouplissement et à leur mise à jour, afin de les adapter à la fois aux exigences de notre activité économique et au développement de «nos relations commerciales».
Que retenir de cette déclaration : d’abord qu’il n’est pas question pour l’instant de supprimer les prohibitions à l’importation. En revanche, le gouvernement semblait disposé à «aménager» la liste des produits autorisés, en la complétant.
Quant à la procédure des visas, qui s’est révélée fort longue et encombrante, puisque dès maintenant les services sont submergés, on pensait qu’on en reviendrait pour ces papiers à un simple visa de la banque intermédiaire agréé.
Or, les entretiens en définitive n’ont abouti à aucun résultat, ni en ce qui concerne la procédure des importations marocaines ni en ce qui concerne l’aménagement des contingents en franchise française. On le regrettera vivement, les deux délégations doivent se retrouver en avril.
2 – À Paris se poursuivent les négociations concernant la révision de la convention culturelle et de coopération technique signée en 1957. Rabat souhaite essentiellement que la France soulage le budget marocain d’une part plus importante du traitement des enseignants et des assistants techniques français au Maroc et demande qu’un programme adapté à ses besoins soit mis au point.
3 – À Paris également se déroulent d’autres entretiens plus discrets concernant la fourniture d’équipements militaires, «l’intention du gouvernement marocain étant, selon Robert Barrat, de créer d’ici 1970 l’une des armées les plus modernes d’Afrique par la constitution de 5 brigades totalement autonomes».
4 – Cependant, le problème des terres appartenant à des étrangers revient au premier plan de l’actualité, à la veille du débat du Parlement sur le plan triennal. M. Benhima, ministre marocain des Affaires étrangères, a précisé lors de son intervention du 15 janvier devant la Chambre des représentants, que le Parlement dispose de la prérogative de présenter une proposition de loi portant récupération des terres.
Le ministre a cependant nettement relevé qu’il était nécessaire de prendre en considération l’atmosphère diplomatique du moment, conformément à la réputation de sagesse dont notre pays jouit au sein de la famille internationale.
Ce faisant, M. Benhima faisait allusion sans doute aux objectifs poursuivis par la politique gouvernementale: négocier un accord avantageux avec la CEE, obtenir le soutien financier de certains pays étrangers dans une période difficile, provoquer une relance des investissements privés, favoriser le mouvement touristique…
M. Benhima s’est entretenu la semaine dernière autour de ce sujet avec M. Couve de Murville, ministre français des Affaires étrangères.
Celui-ci, mis au courant des projets du Maroc en ce qui concerne la marocanisation de toutes les terres, aurait attiré l’attention de son interlocuteur sur la sensibilisation de l’opinion française – particulièrement en cette année électorale – à des mesures telles que l’expropriation brutale réalisée l’année dernière en Tunisie (on apprend d’ailleurs que les relations franco-tunisiennes ne reprendront réellement qu’après que la Tunisie aura accepté d’indemniser les propriétaires français spoliés).
Divers commentaires ont été faits à la suite de la rencontre entre les deux ministres. Il semble que le gouvernement envisage un programme souple, c’est-à-dire, d’une part, une reprise des terres étalée dans le temps et, d’autre part, une indemnisation normale.
Encore faut-il que cette indemnisation ne soit pas représentée par des bons du Trésor, à échéance lointaine, mais par des valeurs immédiatement négociables.
La Vie Économique

CamScanner 13-01-2025 10.33
