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Archives 1965. UMT : Les entreprises aux travailleurs !
Il y a 60 ans, l’Union marocaine du travail avait demandé la gestion par les employés des entreprises de production dont les activités relevaient des secteurs nationalisés.
Après celle de l’Aspam la semaine dernière, deux prises de position retiennent l’attention cette semaine, en ce qui concerne le problème de la nationalisation.
L’une émane de l’UNFP et elle est exprimée par l’hebdomadaire en français de ce parti (Libération). Le journal, après avoir constaté que le préfinancement de la campagne d’automne de primeurs, déjà commencée, constitue un pas positif, estime cependant qu’«une véritable protection de l’intérêt des masses paysannes consiste à envisager tous les problèmes avec leurs représentants authentiques.
Pour ce faire, il n’y a qu’une seule voie : les assemblées paysannes. Telle est aussi la volonté des petits producteurs. (…)
L’autre émane de l’UMT et elle est exprimée avec beaucoup de vigueur dans un éditorial de «L’Avant-Garde», organe de la grande centrale syndicale, sous le titre «Face au sabotage qui bat son plein, les travailleurs doivent gérer les entreprises de production liées aux secteurs nationalisés».
Ce journal s’élève contre «les privilégiés qui détiennent encore les secteurs de production et font supporter à la classe ouvrière tout le poids du peu qu’ils ont pu perdre dans l’opération.
Ce sont des licenciements par centaines dans les usines de conditionnement, dans les conserveries, dans les propriétés agrumicoles, etc., qui, maintenant, se produisent chaque jour, et les ouvriers, privés de leur travail, reçoivent, pour toute explication, une lettre dans laquelle la nationalisation est taxée d’être la source de tous leurs maux».
«Une fois de plus, donc, on veut faire payer à la classe ouvrière la facture d’une opération qui, au contraire, aurait dû lui profiter».
En conclusion, L’Avant-Garde écrit : «Il importe de développer la lutte pour qu’un terme soit mis à ces agissements, pour que soit reconsidérée la philosophie de cette nationalisation. Une mesure s’impose dans l’immédiat, comme premier pas vers l’assainissement d’une situation dangereuse: c’est la gestion par les travailleurs des entreprises de production dont les activités relèvent des secteurs nationalisés».
Par ailleurs, comme l’indique «Maroc Informations», le Comité de coordination des principales fédérations des syndicats UMT a tenu, jeudi dernier à Casablanca, une importante réunion consacrée à l’étude des incidences qu’ont eues les récentes mesures de nationalisation sur la situation des travailleurs.
Voici le texte du communiqué diffusé à cette occasion par l’Union marocaine du travail : «Le Comité de coordination des Fédérations et Syndicats de la fonction publique, ceux des services publics et semi-publics et du secteur privé, a tenu au siège de l’UMT, jeudi 5 août 1965, une réunion au cours de laquelle il a examiné la situation générale du pays et celle des travailleurs à la suite des récentes mesures de nationalisation.
«À ce propos, le Comité a plus particulièrement étudié les effets de la vaste campagne de sabotage à laquelle se livrent les gros agriculteurs et industriels pour paralyser la production, notamment en licenciant un grand nombre d’ouvriers.
« Le Comité de coordination, tout en dénonçant cet état de choses :
• exige que toutes les entreprises vacantes ou «mises en sommeil» tant dans l’agriculture que dans l’industrie de la conserve et les industries annexes soient confiées aux travailleurs pour leur gestion ;
• refuse que la classe ouvrière soit la victime de ces sabotages et qu’elle supporte les conséquences des mesures partielles décidées en l’absence des représentants des travailleurs qui sont les principaux producteurs.
• revendique la participation des travailleurs à la gestion de toutes les entreprises de production afin que les mesures de nationalisation soient appliquées au profit de la classe ouvrière et non contre elle.
«Par ailleurs, le Comité de coordination :
• réaffirme avec force sa détermination de combattre le projet de la prétendue réforme administrative, qui tend en fait à porter préjudice aux acquisitions des agents de la fonction publique.
• renouvelle les revendications de l’UMT concernant l’augmentation des allocations familiales et la réduction du prix du sucre.
• confirme la volonté des travailleurs de mettre tout en œuvre pour sauvegarder leurs acquisitions, leur droit au travail et à la participation à la gestion et au contrôle des rouages de la production, afin de lutter contre l’exploitation, le pillage et l’imposture».
Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces prises de position diverses rendent plus confuse une situation qui l’était déjà. Comment veut-on que, dans cette ambiance, des chefs d’entreprises industrielles ou commerciales puissent travailler autrement qu’au jour le jour, et comment veut-on qu’ils ne se demandent pas comment tout cela va évoluer.

