Archives
1994 : Six mois pour trouver 2,7 MMDH
Il y a 30 ans, parmi les priorités d’action du gouvernement, l’accélération du programme de privatisation. Au terme de l’année 1995, l’État aura cédé 122 entreprises publiques.
Des enjeux économiques, sociaux et politiques de la privatisation sont tels qu’actuellement l’on peut légitimement considérer que de la réussite ou de l’échec du programme fixé par la Loi de 1989 dépendent largement l’avenir du pays et son insertion définitive dans le camp des économies émergentes.
Cela est tellement vrai que le Premier ministre n’a pas manqué de souligner la nécessité d’accélérer le processus de dévolution au privé des entreprises déterminées par la loi sur la privatisation qui avait, rappelons-le, fixé à fin 1995 l’échéance pour la cession de 122 privatisables. Aujourd’hui, à la mi-1994, considérant que le programme n’a réellement commencé que l’an dernier et que la Loi de finances a inscrit au chapitre des recettes budgétaires la «bagatelle» de 3,5 milliards de dirhams pour la présente année, certaines appréhensions se sont exprimées çà et là quant à la réalisation des objectifs fixés et annoncés.
Si à fin 1993 onze entreprises avaient été privatisées pour un total de plus de deux milliards de dirhams, le bilan actuel n’est pas des plus probants, puisqu’à la date d’aujourd’hui, le montant des cessions réalisées depuis le premier janvier n’atteint pas les 800 millions de dirhams. En effet, la privatisation de la Sofac, des pétrolières (CMH, Mobil, Total) et d’unités hôtelières (Transatlantique de Meknès, Volubilis à Fès, Toubkal à Marrakech et Hôtel des Iles à Essaouira) donne, selon le ministère de la Privatisation, la somme exacte de 774,5 millions de dirhams.
Dans ces conditions, peut-on espérer que le «contrat» soit rempli au 31 décembre 1994 ? Dans les milieux d’affaires et à la Bourse, on considère généralement que les principales cessions, celles qui devraient rapporter le plus, ne sont pas encore intervenues et l’on s’attend à l’accélération du processus, afin que les engagements pris officiellement soient tenus. C’est ainsi que la «sœur jumelle de la Sofac, Crédit Eqdom, sera très prochainement introduite en bourse et la part de l’État (22% du capital détenu par la CDG) ira vraisemblablement aux petits épargnants.
Au niveau du secteur bancaire, c’est la BNDE qui pourrait initier le mouvement de privatisation, sachant que l’évaluation est déjà terminée et qu’il existe une certaine volonté des pouvoirs publics de renforcer l’assise internationale de la banque grâce à l’apport d’investisseurs ou d’établissements financiers étrangers. Sachant que le capital actuel est détenu à hauteur de 34,6% par l’État et que les institutionnels étrangers en possèdent 26%, on peut estimer que la privatisation de la BNDE intéressera au premier chef tous ceux qui désireraient s’impliquer plus avant dans un processus de développement économique axé sur une ouverture vers l’extérieur.
Pour ce qui est de la Banque centrale populaire, qui se trouve actuellement en phase d’audit et d’évaluation, les spécialistes ne jugent pas irréaliste l’hypothèse d’une privatisation réalisée avant le terme de l’année en cours. Dans ce cas, il semblerait logique de croire que le tour de la BMCE, comme le confiait d’ailleurs son PDG, Abdellatif Jouahri, à la Vie Économique la semaine dernière, viendrait au tout début de l’an prochain. Par contre, des rumeurs persistantes font état du report à 1995 de la cession du CIH, ceci étant motivé par le rôle que l’on pourrait attribuer à cet organisme dans le financement, partiel certes, du programme de logements sociaux. Mais, assurément, c’est le cas de la Société nationale d’investissement qui intéresse le plus les observateurs.
En effet, après l’audience accordée par SM le Roi au financier américain George Soros en milieu de semaine dernière, chacun aura compris que le patron du «Quantum Emerging Fund», déjà actionnaire de l’ONA pour quarante et un millions de dollars, pourrait bien faire partie de ces actionnaires de référence qui constitueront, prochainement, le noyau dur de la SNI privatisée. Après l’évaluation et l’audit réalisés par les cabinets Asmoun et Ségos, on prête aux pouvoirs publics l’intention de céder la SNI à travers une double procédure.
Fahd Yata

CamScanner 07-06-2024 11.22