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Archives LVE. 1983, Crise touristique à Casablanca
Il y a 40 ans, la métropole souffrait d’un réel malaise en tant que destination touristique. La situation a été marquée par une régression incommensurable du taux de remplissage des établissements hôteliers classés.
La conjoncture économique internationale et les mesures restrictives prises par la France ont sensiblement affecté les mouvements touristiques vers le Maroc.
Les grands hôtels de Casablanca, en particulier, ont eu à souffrir de cette situation alors que pour les autres villes touristiques du Royaume, telles que Marrakech, Agadir, Tanger ou Fès, les effets en ont été moins ressentis.
Il faut rappeler que la vocation de Casablanca est double dans ce domaine : le tourisme d’affaires qui constitue pour un grand nombre d’établissements hôteliers 80% de l’activité et le tourisme de loisirs pour lequel les 20% restants se répartissent entre le tourisme de groupe et le tourisme individuel.
L’année de référence, nous explique un des représentants les plus qualifiés dans ce secteur, pourrait être 1978. Le décollage touristique a surtout été assuré de 1975 à 1978. Depuis lors, c’est la régression et plus encore cette année. En 1978, ajoute le directeur d’un des grands établissements de la ville, le taux de remplissage annuel était de l’ordre de 82% chez nous. Or, nous estimons qu’en 1983, il n’excédera pas 55%.
Les causes en sont multiples. La première est certainement la conjoncture internationale défavorable et contre laquelle le Maroc ne peut apporter pratiquement aucun remède.
Autre raison qui s’ajoute à la première, les mesures d’austérité prises au Maroc dans le but évidemment louable de rétablir les équilibres et surtout d’économiser les devises. «La limitation pour ne pas dire la suppression des importations en provenance d’Europe surtout a été suivie d’une réduction considérable des voyages d’affaires des représentants des sociétés étrangères. Pourquoi voulez-vous que les hommes d’affaires viennent au Maroc dans le but de chercher à nous vendre leurs produits alors que les importations y sont interdites ou ralenties», constatent les hôteliers. Quelques-uns continuent à effectuer des voyages pour maintenir les contacts en espérant une reprise à une plus ou moins brève échéance, mais ce genre de tourisme est bien loin d’être ce qu’il était précédemment.
Certains hôteliers voient aussi comme cause à cette récession l’évolution politique en Europe : la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, les pays scandinaves sont devenus socialistes et c’est presque autant de régimes qui ne favorisent pas tellement les voyages à l’extérieur et le tourisme.
Il faut admettre aussi que le nombre sur Casablanca d’hôtels de bon standing s’est accru ces dernières années alors que la clientèle a quantitativement peu évolué, au contraire même, elle est en régression, comme nous venons de le voir. Il faut donc désormais se répartir la clientèle disponible. Il faut serrer les prix, mais tout en tenant compte des frais d’exploitation, estiment les hôtels. Certains quatre étoiles, parfaitement équipés, rejoignent qualitativement les cinq étoiles tout en faisant dans des conditions qui sont évidemment inférieures. Certains touristes préfèrent donc s’en rapprocher.
Enfin, ce qui a constitué un coup d’arrêt très sensible, qualifié même de «fatal» par certains hôteliers de Casablanca, ce sont les mesures prises dernièrement par le gouvernement français pour limiter les sorties de devises.
Les touristes individuels français vont de moins en moins passer leurs vacances à l’étranger. «Les Français assuraient chez nous 37% du taux de remplissage», nous dit l’un des responsables du secteur à Casablanca. Cette proportion est tombée à 15% et n’a été compensée par aucun apport d’autres pays étrangers.
Les hôteliers de Casablanca comptent beaucoup également sur les Jeux méditerranéens. Les athlètes logeront dans les internats, mais les accompagnateurs, les journalistes et les spectateurs étrangers auront recours aux hôtels. Les symposiums, les Congrès prévus pendant ces Jeux attireront aussi des participants qui seront logés dans les hôtels. Ainsi, grâce à ces manifestations sportives et parasportives, une amélioration relativement sensible doit intervenir.
