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Archives LVE. 1934, Pétrole marocain et problème commercial

Il y a 90 ans, le jaillissement du puits 26 posait un double problème : la production suffirait-elle à rémunérer les capitaux investis ? Serait-elle devenue un important facteur de prospérité ?

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D’abord, mettons en exergue le chiffre de production actuelle, environ 250 tonnes par jour, ce qui permet d’espérer une production industrielle de plus de 50.000 tonnes par an. Les capitaux ont-ils des chances d’être rémunérés ?

Le succès d’une entreprise est fonction d’une multitude de facteurs : l’importance des capitaux à rémunérer, les frais de production, la quantité d’objets produits, les prix de vente, etc. Nous ignorons presque tous ces facteurs. Nous ne savons qu’une chose : l’État et les particuliers ont décidé de consacrer aux recherches une somme de 75 millions, la part de l’État étant de 28 millions.

Naturellement, lorsque les recherches seront terminées, il faudra avant de commencer l’exploitation un nouvel appel de fonds. Cet appel sera lui-même proportionné à l’importance des gisements. Mais d’ores et déjà, nous pouvons faire le calcul suivant : 75 millions consacrés à des recherches de pétrole exigent une production de 50.000 tonnes par an. Vendues au cours actuel, elles rémunèrent à la fois les capitaux exigés par une exploitation qui se fait à des prix moyens et un capital de 75 millions investi en recherche. Si nous étudions le problème sous cet angle, il se réduit pratiquement à ces questions : produirons-nous ces 50.000 tonnes ?

Les produirons-nous à un cours suffisamment bas ? Les vendrons-nous à un prix suffisamment élevé ? Il est infiniment probable que si nous trouvons des gisements, nous produirons 50.000 tonnes. C’est là en effet une très faible production, plus faible que celle d’un très petit gisement, celui de Pechelbronn. Il est probable aussi que nous les produirons à un prix suffisamment bas, car le coût des forages n’est pas plus élevé au Maroc qu’ailleurs et que le pétrole au Maroc ne s’annonce pas comme particulièrement mal placé. Ces 50.000 tonnes auront un débouché, puisque le pays a importé 120.590 tonnes de pétrole et produits raffinés en 1931.

La seule question à laquelle on doit répondre avec la plus grande prudence est celle des cours. À réduire le problème au point de vue du contribuable, il apparaît comme simple : ou bien les recherches n’aboutiront pas et l’État aura perdu 28 millions en six ans, ou bien on trouvera des gisements industriellement exploitables et des capitaux investis seront rémunérés. Ainsi, un point est-il acquis : les capitaux investis seront très vraisemblablement rémunérés. Quels bénéfices notre économie en tirera-t-elle ?

Avant d’aborder ce problème, rappelons-nous que le pétrole de la sonde 26 provient d’une faible profondeur, 480 m, et que la production de cette sonde paraît importante. Par contre, si au lieu de réduire le problème, nous l’élargissons, s’il ne nous suffit pas de savoir que nous ne risquons pas grand-chose, si nous voulons savoir ce que nous pouvons gagner à la découverte et à l’exploitation de gisements, il devient très difficile de donner des précisions. Il nous faudrait prévoir. En principe, un gisement très profond est d’une exploitation plus coûteuse qu’un gisement situé tout près du sol : il est préférable de voir le pétrole monter au sol sous la pression du gaz que de pomper, insuffler de l’air ou de l’eau, creuser des galeries. Une production est moins onéreuse si elle est obtenue à l’aide d’un seul forage que de plusieurs.

Que seront les gisements ? Dans combien de temps les trouverons-nous ? La production tend-elle à augmenter ou à diminuer ? Et les prix de vente, que seront-ils ? La moyenne de production totale d’un puits est de 500 à 15.000 tonnes. Mais c’est là une moyenne. Il nous est donc donné de savoir que le Maroc a fait un plan de recherche qui s’étend sur six ans et qu’il a fixé à ses dépenses une limite. Au reste, le chiffre des dépenses prévues, maintenant que nous l’avons mis en présence de chiffres qui mesurent des objets analogues, prend sa véritable valeur : il est nul. De même, le chiffre de la production minimum pour rémunérer les capitaux engagés : il est lui-même nul.

Certes, on peut espérer, sans dépasser les bornes de la prudence, une production sensiblement plus grande : on chuchote que le pays se suffirait probablement à lui-même, il produirait donc 120.000 ou 150.000 tonnes par an. Cette hypothèse nous paraît cette année beaucoup plus vraisemblable que l’année dernière : voyons quels espoirs lui sont attachés. S’il en était ainsi, le pays en retirerait plusieurs avantages. D’abord, il ferait une économie annuelle d’environ 170 millions, chiffre de ses achats à l’étranger, ensuite il recevrait une nouvelle activité.

CamScanner 08-03-2024 10.27