SUIVEZ-NOUS

Archives

1986 : Bataille du plomb sur le marché local

Il y a 40 ans, le Maroc importait du plomb alors qu’il en exportait annuellement plus de 50.000 tonnes.
Le Royaume était le premier producteur en Afrique et le 9e au niveau mondial.

Publié le

L’équilibre économique d’un pays dépend également de facteurs internationaux. L’instabilité est avant tout mondiale, qu’elle soit monétaire… ou énergétique. Les cours de pétrole, par exemple, s’effondrent avec les «13» et varient selon l’humeur de la spéculation. Et si le prix du baril est payé à 5 $ sur certains marchés, le Maroc continue à le payer à 17 dollars, contrats obligent. Mais il n’y a pas que le pétrole. Les cours de plusieurs matières premières s’effondrent. Ils augmentent comme le café et baissent comme le plomb.

Tenez, la baisse des cours mondiaux du plomb a provoqué une situation conflictuelle entre les mineurs, les transformateurs du plomb et les utilisateurs nationaux. Mais cette situation est également une conséquence de la baisse de la production nationale du plomb. Deux raisons donc derrière ce conflit, l’une externe et l’autre interne. Tout d’abord, rappelons que le Maroc est probablement le premier producteur de plomb en Afrique et neuvième dans le monde.

Actuellement, la production est de l’ordre de 120.000 tonnes de concentré de plomb par an, alors qu’elle était de 160.000 tonnes l’année précédente. Ces 25% de baisse ne sont que le résultat de la fermeture de la mine de Zaïda, située près de Midelt. Cette fermeture étant elle-même motivée par la baisse des cours mondiaux du plomb et de la teneur en plomb relativement faible de cette mine.
La relation de cause à effet entre la baisse des cours mondiaux et la fermeture de la mine de Zaida (considérée comme l’une des plus importantes mines du Maroc) peut être mal comprise. Partout, cette explication, pas très claire, peut être fondée. Le cours du plomb est fixé par le London Metal Exchange (…).

Quand le cours baisse, automatiquement la recette de la mine baisse.

En face de la recette, il y a les charges de la mine (exploitation de salaires, d’énergie, de transport, de matières consommables, d’amortissement, etc.). Et si les charges augmentent comme c’est le cas actuellement pour tous les secteurs et que parallèlement la valeur du plomb baisse, l’exploitation de la mine risque d’être déficitaire lorsque les charges deviennent supérieures aux recettes. Raisonnement clair et simple pour tous les gestionnaires.

C’est ce même scénario qui a contraint la mine de Zaïda à fermer en 1984. (…).
Pour revenir à notre point de départ et à la situation conflictuelle entre les industriels-utilisateurs locaux du plomb et les exploitants et transformateurs du métal, il faut rappeler certains chiffres en nous basant sur la production de l’année dernière.

80.000 tonnes de concentrés de plomb des 160.000 tonnes produites l’année écoulée ont été traitées localement dans la fonderie de Oued El Heimer dans la région d’Oujda, le reliquat ayant été exporté sous forme de concentré.

La transformation locale annuelle est donc de 80.000 à 100.000 tonnes de concentrés de plomb qui représentent 50.000 à 60.000 tonnes de plomb, puisqu’une tonne de concentré de plomb, qui est un mélange, comprend environ 65 à 70% de plomb pur, le reste étant des sous-produits (argent, cuivre…) et des déchets sans aucune valeur marchande.

La majeure partie de ce plomb raffiné est exportée et 3.000 à 5.000 tonnes du métal sont utilisées localement et essentiellement par les fabricants de batteries.
Jusqu’à récemment, l’écoulement local de Oued El Heimer (qui n’est autre que la société des fonderies de Zellidja) s’effectuait sous contrats avec les industriels concernés sur la base des cours mondiaux majorés d’un pourcentage de 50%, qui représente la marge de bénéfice plus une prime de qualité que l’administration accordait à la fonderie.

Cette majoration gêne les utilisateurs de plomb qui n’ont pas cessé, depuis deux ans, d’attirer l’attention de l’administration sur le niveau élevé de la valeur du métal produit localement.
Avec la vague de libéralisme et de la «protection» de l’industrie nationale, le ministère des Affaires économiques s’est enfin décidé à intervenir auprès de la fonderie de Zellidja pour négocier à nouveau le taux de la majoration de 50% des cours mondiaux du métal et le taux appliqué en 1975 (…).