Influences
1963 : Le Maroc rivalise avec l’Ukraine
Il y a 60 ans, un vaste programme de culture de tournesol allait être lancé dans le Gharb. Une culture au rendement supérieur à 40%. Elle assure de meilleurs revenus que le maïs et la plupart des céréales.
En juillet et août prochains, la plaine du Gharb entre Kénitra et Si Allal Tazi aura des allures très ukrainiennes. Dans la grande plaine russe, on cultive non seulement du blé, mais aussi des centaines de milliers d’hectares de tournesol, ces grosses fleurs que l’on appelle aussi « soleils » et dont les graines particulièrement riches en matières grasses fournissent une excellente huile de table.
Une vaste opération tournesol va donc être lancée dans le Gharb. Pourquoi ?
Tout simplement parce que le tournesol peut être semé en février-mars pour donner 150 à 170 jours plus tard les gigantesques fleurs que l’on connaît. Comme il s’agit d’une culture rentable, on donnera ainsi aux agriculteurs le moyen de pallier les dégâts que leurs semis d’automne ont subis du fait des inondations. L’opération pourra être menée d’autant plus promptement que les semences nécessaires sont sur place. Depuis plusieurs années, en effet, le Maroc s’intéresse au tournesol et aux semences nouvelles qui fournissent des graines à haute teneur en huile.
Deux grands producteurs mondiaux : l’URSS et l’Argentine
Comme nous le signalions ci-haut, la culture du tournesol jouit d’une très grande faveur en URSS. Le monde soviétique est le premier producteur mondial et fournit 80% environ des besoins. Vient ensuite l’Argentine.
Devant l’importance grandissante de cette production, les généticiens soviétiques ont procédé à de nombreuses études et expériences et sont parvenus après de laborieux croisements à créer de nouvelles espèces beaucoup plus riches en huile que les anciennes. Les rendements moyens qui ne dépassent que rarement 30% d’huile sont maintenant couramment supérieurs à 40%. Or, les espèces traditionnellement cultivées au Maroc n’avaient que des rendements faibles : 28% d’huile environ. Avec les semences nouvelles importées de Bulgarie, semences qui depuis ont été multipliées, on a obtenu des rendements moyens de 38% et allant jusqu’à 43% ! Le lancement de cette opération est facilité par les disponibilités immédiates au Maroc de semences de tout premier ordre.
Il convient en outre de souligner que la culture du tournesol dépasse singulièrement le cadre d’une œuvre d’assistance aux sinistrés du Gharb.
Pour éviter une hémorragie de devises
Chaque année, en effet, le Maroc consomme plus de 50.000 tonnes d’huiles de graines. Or, sa production n’est que de 1.500 tonnes au maximum, aussi bien en huile de coton qu’en huile de tournesol.
Dans ces conditions, il lui faut donc recourir à l’importation, ce qui n’est pas sans créer de sérieuses hémorragies de devises.
L’intensification de la culture du tournesol ne peut donc qu’être bénéficiaire, puisque non seulement elle créera du travail aux masses rurales et conduira à une économie de devises mais elle permettra aussi d’utiliser les importantes capacités de l’industrie locale de la trituration, qui n’est qu’à la moitié de ses possibilités.
Quant à la rentabilité de l’opération, elle est plus élevée que la culture de bien d’autres produits. Le tournesol assure de meilleures revenus que le maïs et la plupart des céréales. En outre, les besoins dépassent largement les possibilités actuelles de production, le tournesol est assuré de prix constants, qui ne risquent pas d’être influencés par les variations des cours mondiaux.
Pour la dernière campagne, le prix de rachat aux producteurs des graines de tournesol était de 42 francs le kilo sur la base d’un rendement d’huile de 30% et avec une tolérance de 2% de corps étrangers. En plus, on a versé une bonification de 1,35 f par point d’huile au-dessus de 30%.

Dans les colonnes de «La Vie Economique»
du 25 janvier 1963, l’actualité du secteur agricole fait bonne figure.