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Idées

Pour une fois…

En décidant le rapatriement gratuit de tous les touristes étrangers en perdition dans le Royaume depuis le 16 avril, la RAM a «frappé un grand coup», comme l’écrivit avec justesse le journal français France-Soir. cette valeur ajoutée, il faut la protéger, la nourrir, la renforcer. Nous n’avons pas de pétrole, nous n’avons pas toujours des idées mais nous savons recevoir. Cela vaut son pesant d’or, par les temps qui courent.

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rub 16527

Pour une fois, le Maroc n’a pas démérité. Mieux encore, il s’est distingué avec panache. En décidant le rapatriement gratuit de tous les touristes étrangers en perdition dans le Royaume depuis le 16 avril, la RAM a «frappé un grand coup», comme l’écrivit avec justesse le journal français France-Soir. En contraignant à la fermeture, pendant plusieurs jours d’affilée, la majeure partie des aéroports européens, le nuage de cendres provoqué par le volcan islandais a créé une situation sans précédent. Des centaines de milliers de personnes se sont ainsi retrouvées bloquées dans des pays et des aéroports étrangers. A travers les nombreuses histoires relayées par la presse, il a été rendu compte avec abondance des désagréments et des difficultés qu’ont eu à vivre nombre de ces «naufragés de l’air» du fait de cette incapacité momentanée à rentrer chez soi. Pour en avoir été, je peux témoigner de l’inconfort profond à se retrouver ainsi pris au piège. Mon cas n’était nullement dramatique, je n’étais pas à la rue, sans argent ni relais, pourtant les deux jours passés ainsi dans l’expectative, à chercher comment revenir chez moi, furent des plus désagréables. Désagréables car déstabilisants. De se sentir ainsi prisonnier des événements est très perturbant. Le désir de retrouver son lieu de vie prend le pas sur le reste, vous empêchant de vous concentrer sur quoi que ce soit d’autre. C’est à ces moments-là que l’on s’aperçoit combien, chacun à sa manière, est attaché à son port, combien celui-ci lui est nécessaire pour l’une ou l’autre raison.
Au cours de ces jours de paralysie aérienne, les grandes compagnies ont assumé leurs responsabilités, hébergeant les passagers en correspondance, remboursant ou modifiant les billets de ceux dont les vols ont été annulés. Mais on ne peut pas en dire autant des petites compagnies et des low-cost, qui, depuis l’ouverture du ciel, assurent une part non négligeable du trafic aérien. Se retrouvant dans l’incapacité de supporter le coût d’une telle situation et ne disposant pas de l’infrastructure nécessaire pour y faire face, certains transporteurs ont laissé en rade les passagers qu’ils étaient tenus de transporter. L’essentiel de leur clientèle ayant des revenus limités, on peut aisément imaginer le désarroi de ces personnes qui se sont retrouvées coincées, sans argent et sans billet de retour dans un pays étranger. En venant au secours de celles qui étaient dans ce cas au Maroc, la RAM a endossé l’habit du sauveur. Cette initiative est à saluer car au-delà de sa dimension humanitaire, elle témoigne d’une capacité inédite à investir en matière d’image sur le long terme. On ne peut donc qu’applaudir  ce sens de l’à-propos dans une gestion de crise. En effet, la mesure prise par la RAM vaut mieux que toutes les campagnes publicitaires, qu’il s’agisse de la compagnie elle-même que du Maroc. En décidant le rapatriement gratuit de tous les étrangers bloqués dans le pays, la RAM se positionne à l’échelle internationale non seulement comme un transporteur sur lequel on peut compter, mais comme une entreprise dotée d’humanité. Cette image positive bénéficie au Maroc dont elle porte les couleurs. En agissant comme elle a agi, la RAM a fait fort à deux niveaux : en faisant preuve de vision -une qualité à laquelle nos dirigeants ne nous ont guère habitués, il faut bien le reconnaître- et en investissant dans ce qui fait la valeur ajoutée de notre pays : le sens du rapport humain. Quand on sonde les attentes de ceux qui viennent en visite dans nos contrées, qu’il s’agisse du Maroc ou d’autres pays du Sud, on s’aperçoit qu’au-delà du soleil et de la mer, ce que les gens recherchent, c’est une certaine qualité du rapport humain. Prise dans des logiques de compétitivité, la société occidentale devient de plus en plus dure. Les gens n’ont plus le temps de rien, pas même de dire bonjour, pas même de sourire. Il suffit de passer un moment dans le métro parisien pour le constater. On peut comprendre dès lors pourquoi l’une des principales qualités que les touristes reconnaissent au Maroc, c’est la gentillesse de son peuple. C’est du moins ce que nombre d’entre eux disent. Et c’est vrai que les gens, d’une manière générale, sont «gentils». Gentils dans le sens où ils sont avenants, disponibles, souriants. Cette dimension humaine est indiscutablement la valeur ajoutée de notre pays. Des beaux paysages, il y en a partout. Mais ce sens de l’Autre, de l’hospitalité, de l’accueil ne se retrouve pas partout. Donc, cette valeur ajoutée, il faut la protéger, la nourrir, la renforcer. Pour ceux qui viennent chez nous mais pour nous aussi qui vivons là. Nous n’avons pas de pétrole, nous n’avons pas -toujours- des idées mais nous savons recevoir. Cela vaut son pesant d’or, par les temps qui courent.