Edito
Un Maroc qui avance à la même vitesse
Le concept du Maroc à deux vitesses persiste encore. Mais dans la conjoncture actuelle, il renvoie davantage à ceux qui veulent aller de l’avant, en opposition à ceux qui veulent tirer en arrière, ou au mieux faire du surplace.
Le Maroc à deux vitesses ! Le concept a toujours été inspirant pour les plumes aiguisées et trempées dans du vitriol. Il servait un temps pour dépeindre une conjoncture où l’accumulation exponentielle des richesses chez certains était inversement proportionnelle au creusement du fossé de la misère chez une autre catégorie de la population.
Ce Maroc a bien évidemment existé, sous cette forme qui a fait énormément de dommages. C’était une époque où les passe-droits étaient érigés en règle, l’évasion fiscale et la corruption étaient considérées comme un complément de revenus, les rentes étaient perçues comme des acquis, les disparités sociales et spatiales étaient visibles à l’œil nu…
Cela a fini par éroder le capital confiance chez une partie non négligeable de Marocains. Et les séquelles du traumatisme, nous les subissons encore. Le manque de confiance de certains les empêche de voir tout le chemin parcouru. Certes, le Maroc n’est pas encore définitivement sorti d’une zone grise, mais il faut admettre qu’il est sur la bonne voie pour dépasser ce sinistre cadre. Les pratiques véreuses d’un temps révolu se profilent dans le rétroviseur.
Le Maroc trace vraiment son chemin tant vers un État de droit démocratique que vers un État social citoyen. Les routes rurales, les centres hospitaliers, les écoles, les réseaux d’eau et d’électricité ont fleuri ces dernières années dans les contrées les plus enclavées du Royaume. C’est une réalité qui a changé la vie d’une population autrefois oubliée. Aujourd’hui, ces habitants jouissent, comme tous les Marocains, d’une couverture médicale et peuvent même prétendre à une aide directe publique en cas de besoin. Et ce ne sont là que les premières mailles d’un filet social censé assurer à terme une vie digne à tous les Marocains…
Sur un autre registre, les marchés publics sont devenus de plus en plus transparents, des responsables corrompus même parmi les heureux «élus» se retrouvent traduits en justice, les institutions fonctionnent de manière de plus en plus efficiente dans un Royaume qui a su sécuriser son territoire et défendre habilement son intégrité et sa souveraineté dans moult domaines.
Pourtant, le concept du Maroc à deux vitesses persiste encore. Mais dans la conjoncture actuelle, il renvoie davantage à ceux qui veulent aller de l’avant, en opposition à ceux qui veulent tirer en arrière, ou au mieux faire du surplace. Entre des responsables qui sillonnent terres et mers pour faire résonner les atouts et spécificités du Royaume et d’autres qui véhiculent un discours pessimiste à décourager toute initiative, il y a tout un décalage. Entre un Maroc qui attire désormais les grands noms de l’industrie militaire et de l’hydrogène vert et un Royaume du fonctionnariat qui rouspète sous la bannière de la défense des acquis ou du cahier revendicatif, il y a comme une dynamique opposée. Pourtant, il ne reste plus de temps aux querelles politiciennes ou aux blocages stratégiques, vu les échéances nationales fixées par le pays.
Les remblais séparant le fossé social au Maroc sont certes en train d’être comblés progressivement, mais ces réformes audacieuses ne peuvent être génératrices de prospérité et du bien-être sans la mobilisation de tous les partenaires sociaux et l’implication de tous les citoyens. Ainsi, les Marocains peuvent avancer ensemble, à la même cadence, sur une ligne à grande vitesse.
