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Edito

Marche ou grève !

Les syndicats ont contribué de manière constructive à la formulation de cette loi organique, alors qu’à l’initiation de ce projet en 2015, le dialogue était rompu avec le gouvernement de l’époque qui négligeait la représentativité syndicale.

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Dans les pays où le droit de grève est réglementé, une grève politique se définit comme un débrayage qui est non justifié par des revendications professionnelles. C’est ainsi que l’on peut théoriquement qualifier la grève nationale menée par les centrales syndicales ce mercredi 5 février.

Hasard du calendrier ou anticipation d’un agenda parlementaire serré, cette grève nationale est menée le jour même où la loi organique n° 97.15 fixant les conditions et les modalités d’exercice du droit de grève parachève son parcours législatif, avec son vote en deuxième lecture à la Chambre des représentants.

Il faut croire que les syndicats ont désiré marquer ce jour historique pour le Royaume à leur façon. Et leur manière de fêter ce droit désormais acquis et réglementé consiste visiblement à organiser des piquets de grève, ou encore offrir un jour chômé payé aux forces laborieuses. Soit ! Cadeau !

On se souvient de cette grève comme la dernière d’une ère révolue où ce droit était privé d’un dispositif législatif clair. Chez nous aussi, cette législation fondamentale pour le climat des affaires et la protection des travailleurs sera appliquée et applicable, après 63 ans de latence… Depuis la première Constitution marocaine accordant ce droit.

Mais surtout, cette loi garantissant les libertés syndicales et encadrant la grève émane d’un long processus de concertation constructive. Car on a beau crier à l’hégémonie d’une majorité gouvernementale (dont le seul tort est d’être cohérente et complémentaire), les faits et les chiffres reflètent bien la disposition de cette dernière à composer avec toutes les parties prenantes.

Si la coalition gouvernementale avait effectivement voulu peser de tout le poids de sa majorité numérique, elle n’aurait eu nul besoin de concéder les 247 amendements portés par la deuxième Chambre au projet de loi.

Tout un chapelet d’ajustements significatifs : préservation des intérêts des employés et des syndicats en cas d’ambiguïté, grève solidaire et politique devenue légitime, élargissement du droit de grève à toutes les catégories sociales, révision des délais de préavis et de négociations, hausse des sanctions contre les employeurs qui tentent d’entraver ce droit…

La démarche même de l’adoption de cette législation est un cas d’école d’une approche institutionnelle collaborative. Les syndicats ont contribué de manière constructive à la formulation de cette loi organique, alors qu’à l’initiation de ce projet en 2015, le dialogue était rompu avec le gouvernement de l’époque qui négligeait la représentativité syndicale.

Mais bien que les non-affiliés restent effectivement le syndicat le plus représentatif au Royaume (52% des élections professionnelles de 2021), les centrales ont été considérées par l’Exécutif actuellement aux manettes comme des partenaires associés dans le processus décisionnel.

La signature de la Charte nationale pour l’institutionnalisation du dialogue social et les accords historiques qui ont suivi viennent attester cette réalité. «Nos relations avec les syndicats vont au-delà de cette loi. Nous avons encore beaucoup à faire ensemble», a d’ailleurs rappelé le Chef du gouvernement qui reste à l’écoute des partenaires sociaux et conscient du rôle des syndicats dans l’encadrement de la population.

C’est ce rétablissement de confiance qui a permis au Royaume de faire ce bond en avant avec l’adoption et donc bientôt la promulgation de cette loi. Une étape historique dans un Maroc qui avance, qui marche… et qui fait désormais grève dans le respect de la loi.