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Edito

L’invasion des tomates… ou le monde à l’envers

Ce Maroc qui se développe, ce Maroc qui libère son potentiel, est par ricochet un Maroc que l’on redoute, un Maroc que l’on dénigre sous couvert de révéler l’envers du décor.

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Fraîche ou concentrée, ronde ou à segmentation, cerise, cocktail, olivette, grappe… La voilà la tomate marocaine dans tous ses états. À la fois fruit et légume, ce produit phare de nos exportations agricoles s’est retrouvé hissé en symbole de tous les maux d’une agriculture européenne en crise, ayant visiblement de la peine à relever de nouveaux défis climatiques, logistiques, technologiques et réglementaires…

La «maticha», bien de chez nous, est ainsi présentée comme l’ennemi à abattre. Peut-être, parce qu’elle cristallise cette méfiance vis-à-vis d’un concurrent qui émerge grâce à des visions stratégiques réfléchies et efficientes en plus de miser sur la recherche et le développement. Une émancipation qui ne semble pas du goût de médias se complaisant parfois dans ce rôle de donneurs de leçons au Monde et à l’Afrique…

Justement, «Le Monde Afrique» vient d’en apporter une nouvelle démonstration à travers un reportage vidéo (en épisodes), censé lever le voile sur une prétendue «face cachée de la tomate marocaine». Sauf que le docu, mis à part ses talentueuses ellipses de style, démontre en définitive que le Maroc n’a rien à cacher. Bien au contraire…

La tomate marocaine est compétitive, elle connaît un franc succès sur les étals européens, les conditions de travail des ouvriers agricoles de la filière se sont améliorées ces dernières années, la station de dessalement de l’eau de mer et la diversification des superficies dédiées à cette culture ont permis de maintenir cette activité agricole et d’atténuer partiellement les difficultés hydriques aggravées par une succession d’années de sécheresse… Autant de réalités que le reporter n’a pu nier dans sa voix off… même s’il n’a pas pu s’empêcher d’orienter les témoignages recueillis pour semer des suspicions autour de prétendus concurrence déloyale ou désastre écologique.

Les chiffres présentés comme choquants (convertis évidemment en euros) ne sont pas méconnus au Maroc. Il s’agit du salaire minimum agricole réglementaire par heure de travail appliqué au Royaume et qui a connu une augmentation à deux reprises. Une nuance que le média a omis de souligner tout comme le fait que notre pays est à peine le deuxième exportateur de tomates vers l’Union européenne. Il a certes chipé ce rang à l’Espagne depuis 2022, mais il reste derrière les Pays-Bas.

Ce reportage professionnel avec un arrière-goût d’instrumentalisation, sur fond de campagne contre la tomate marocaine, n’est pas la première salve du genre. Ce média s’est même fait une spécialité d’obscurcir le tableau Maroc à chaque occasion. Faut-il rappeler ces prémonitions quant à l’échec du gouvernement Akhannouch juste au lendemain de son installation. Ou encore plus récemment sa lecture triviale du bilan de mi-mandat, de manière à éviter de se retrouver en porte-à-faux de ces mauvais présages initiaux ?

Ce Maroc qui se développe, ce Maroc qui libère son potentiel, est par ricochet un Maroc que l’on redoute, un Maroc que l’on dénigre sous couvert de révéler l’envers du décor. Il faut croire que «l’esprit est un monde à l’envers», comme l’écrivait Jean Paulhan. «Le clair y procède de l’obscur, la pensée y sort des mots.»