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Edito

Insultes, désespoir et frustration politique

Autoproclamé défenseur de la veuve et de l’orphelin, se gargarisant en tant que gardien de la vertu des Marocains, Benkirane tire à boulets rouges sur tout ce qui bouge. Bref, il n’y a pas le moindre sujet politique ou débat public qu’il ne dénigre pas quand il ne choisit pas le raccourci des insultes.

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Le prédicateur en chef du parti islamiste ne pouvait s’empêcher de (re)tenter une rentrée politique tonitruante. Lui qui s’est senti obligé de sortir de sa «retraite royale» pour sauver la face d’une formation en décrépitude, use et abuse des mêmes formules qui lui ont valu, un temps, un capital sympathie, mais qu’il a fait vite de perdre à coup d’exagérations dans la forme, au sacrifice du fond et du bon sens.

Avec son incohérence légendaire de «hlaïki», au penchant marqué pour les fables fantasmagoriques, Abdelilah Benkirane a récemment admis son état second quand il s’agit de casser l’adversaire politique. «Oui, j’ai utilisé des propos durs à l’égard du Chef du gouvernement», finit-il par consentir devant le secrétariat général du PJD, où les cadors d’antan se comptent désormais sur les doigts d’une main. Il faisait une sorte de mea culpa par rapport aux propos diffamatoires tenus une semaine auparavant à l’égard de Aziz Akhannouch en l’accusant ouvertement d’avoir «volé les pensions des veuves».

Sans se démonter par rapport à son argumentaire qui ne tient pas debout devant les réalisations remarquables du système d’aide directe, Benkirane récidive dans l’insulte pure et simple durant cette même réunion. Cette fois-ci, c’est un autre membre du gouvernement qui en a fait les frais : Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice, qualifié de «ministre de la propagation de la débauche dans la société». Son tort : sa position vis-à-vis de la décriminalisation des relations consentantes hors cadre du mariage.

Autoproclamé défenseur de la veuve et de l’orphelin, se gargarisant en tant que gardien de la vertu des Marocains (autant que ces réceptionnistes d’hôtels qui n’ont pas encore intégré l’illégalité d’exiger l’acte de mariage pour une chambre double), Benkirane tire à boulets rouges sur tout ce qui bouge. Le séisme Al-Haouz un an après ? À ses yeux, rien n’a été fait pour remédier aux conséquences de ce qu’il avait dans le temps qualifié de «châtiment divin». Réforme des études de médecine ? Le gouvernement doit faire tout simplement marche arrière, selon lui. Les médias officiels ou indépendants ? Tous contre lui et son parti, selon son interprétation. Les dernières élections partielles ? Les autorités sont partiales, à en croire le chef de file du PJD…

Bref, il n’y a pas le moindre sujet politique ou débat public qu’il ne dénigre pas quand il ne choisit pas le raccourci des insultes. Ses sorties tapageuses étaient peut-être amusantes à une époque où il avait en face d’autres zaïms politiques spécialistes eux aussi dans le populisme. Il n’a certainement pas compris que les temps ont changé, que le leadership politique a évolué.

Les Marocains ont choisi une autre voie et ont accordé leurs voix à des responsables qui privilégient les actes et les résultats aux palabres creux et stériles…