Edito
Droit de grève : Trêve d’anarchie !
Des consultations intensives et inclusives ont été menées avec les partenaires sociaux : plus de 65 réunions ont été tenues dont une quinzaine de séances de travail avec le cabinet du Chef du gouvernement ont été consacrées au sujet.
Le Maroc démontre jour après jour sa capacité et sa détermination à se hisser en puissance continentale stable, avec un climat d’affaires attrayant pour les investisseurs locaux comme étrangers.
Il ne peut plus se permettre de continuer d’évoluer dans l’anarchie d’une réglementation du travail et du droit de grève complètement obsolète, ou encore inexistante.
Si le droit de grève est inscrit noir sur blanc dans la Constitution du Royaume depuis la première loi fondamentale de 1962, il n’a jamais été librement exercé et prémuni par un cadre légal. Notre pays traîne même des traumatismes de grèves générales qui ont viré en émeutes populaires, parfois dramatiques, durant les années de plomb.
Du sang et de l’eau ont bien coulé sous les ponts depuis et les enjeux politiques, sociaux, économiques et syndicaux sont devenus différents.
La promulgation d’une loi organique sur le droit de grève qui se profile est essentielle non seulement pour garantir ce droit constitutionnel, mais aussi pour instaurer un climat social propice à l’investissement et au progrès économique.
Un tel cadre législatif ne se contente pas de garantir les droits des travailleurs, mais cherche aussi à établir un modèle politique et social innovant. Cela constitue un tournant décisif dans l’affermissement de l’édifice constitutionnel et l’État de droit au Maroc, à un momentum où notre pays clignote sur tous les radars.
La démarche même du processus législatif relatif à ce projet de loi est un cas d’école en matière d’expérience démocratique. Depuis sa prise de fonction, le gouvernement Akhannouch s’est résolument engagé à rétablir la confiance mutuelle avec les partenaires sociaux.
Une rupture avec la décennie passée a été vite ressentie à travers la signature de la Charte nationale pour l’institutionnalisation du dialogue social, manifestation claire de l’intégration des différentes parties prenantes dans le processus décisionnel.
Des accords historiques ont suivi et soulignent d’ailleurs l’importance de la loi organique dans la régulation du droit de grève, tout en appelant à un équilibre entre l’exercice de ce droit et la liberté du travail, tant dans le secteur public que privé.
Des consultations intensives et inclusives ont été menées avec les partenaires sociaux : plus de 65 réunions ont été tenues dont une quinzaine de séances de travail avec le cabinet du Chef du gouvernement ont été consacrées au sujet.
Cette approche collaborative a permis de recueillir des contributions enrichissantes et variées, fondées sur des pratiques concrètes et des expériences internationales pertinentes. Elle a été couronnée par l’introduction d’amendements importants avant l’approbation du projet par la Commission des secteurs sociaux à la Chambre des représentants, après des heures de discussions minutieuses.
Ces modifications témoignent de la volonté du gouvernement de parvenir à un consensus tout en respectant la diversité des opinions. Les partenaires sociaux qui ont exprimé leur engagement ferme dans ce processus consultatif et contribué activement à enrichir les propositions du projet de loi se doivent de soutenir cette avancée majeure. Une marche… en arrière serait désespérante !
