Edito
Des institutions, des hommes et des interprétations…
Il s’agit là de nominations royales concertées fort probablement avec plusieurs de ses conseillers, et puis toute couleur politique ou affinité personnelle est gommée quand il s’agit de ce genre d’instances constitutionnelles.
Du sang neuf vient d’être injecté dans des institutions constitutionnelles des plus stratégiques. Le Roi Mohammed VI a procédé cette semaine à des nominations à la tête de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC), de l’institution du Médiateur du Royaume, ainsi qu’à la présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE).
Un renouvellement qui mérite forcément que l’on s’y attarde pour tenter d’en ressortir et ressentir la logique qui a prévalu dans ces nouvelles distinctions royales.
Pour commencer, le changement à la tête de l’INPPLC était assez attendu. L’institution est en mal de dynamique depuis des années. Son ancien président, avec son entourage, préférait faire dans le sensationnalisme avec des thématiques accrocheuses, crier au blocage plutôt que de présenter une stratégie de nouvelle génération cohérente pour atténuer le fléau de corruption.
Un renouvellement à la tête de cette instance est ainsi à même de lui donner un nouveau souffle. Surtout que le profil choisi est connu pour sa modération et son sens de la mesure. Il s’agit de Mohamed Benalilou qui occupait jusque-là le poste de Médiateur du Royaume.
À la tête de l’ancien «Al Wassit», l’homme s’est illustré par son implication dans des dossiers brûlants. Le rôle de l’institution du Médiateur a par exemple été crucial dans le désamorçage de la crise des étudiants en médecine en novembre dernier.
Hassan Tarek devrait alors prendre le relais pour continuer de faire de cette institution de facilitateur et réconciliateur entre l’administration dans toutes ses composantes et la population, que ce soit les citoyens en nom propre ou par représentativité associative. Le cadre usfpéiste était jusque-là ambassadeur du Royaume en Tunisie, rappelé en 2022. Son poste est donc désormais officiellement vacant.
Un autre ambassadeur usfpéiste, de son côté, va pouvoir reprendre officiellement son poste à Bruxelles. Ahmed Reda Chami avait été redésigné, en octobre, en tant que représentant permanent du Maroc auprès de l’Union européenne. Il laisse désormais son fauteuil à Abdelkader Amara.
Après un ancien ministre usfpéiste (et un autre avant lui istiqlalien), cette fois-ci c’est un ancien ministre pjdiste qui reprend le flambeau. À en croire qu’une certaine rotation politique a tendance à s’installer pour le pilotage de cette institution.
Pourtant, les interprétations politiciennes à l’égard de ces nouvelles nominations n’ont pas manqué. Entre ceux qui y voient des accointances entre hauts responsables et hégémonie gouvernementale ou encore ceux qui y sentent un parfum de règlements de comptes, l’imaginaire des «blablateurs» n’a pas de limites.
Leurs différentes théories de complot butent néanmoins sur deux évidences : il s’agit là de nominations royales concertées fort probablement avec plusieurs de ses conseillers, et puis toute couleur politique ou affinité personnelle est gommée quand il s’agit de ce genre d’instances constitutionnelles.
Les institutions sont bien au-dessus des hommes qui peuvent les diriger. Que ceux qui n’ont pas encore compris que le Royaume est passé à cette nouvelle ère fassent leur mise à jour…