Edito
Compensation : Le sens d’une réforme…
La réforme en cours marque le début de la fin pour le système de subvention à l’aveuglette qui cède progressivement la place à une vision d’optimisation des ressources publiques à travers une redistribution plus équitable et mieux ciblée.
Bonbonne en français… L’bota en darija… Elle pèse lourd : une tonne de poids ressenti, alors qu’elle ne contient que 12 kilos de gaz butane… 111 milliards de dirhams de subventions ponctionnés sur le budget de l’État, entre 2015 et 2021… 3 millions de tonnes de consommation en 2023 avec une facture énergétique se chiffrant en milliards de dirhams. Et encore, la courbe des prix à l’international a été relativement clémente, l’année écoulée…
L’bota a téléporté les foyers marocains de l’ère du bois à l’âge du feu. Dans les chaumières, on la traite avec grand égard. Attention l’bota est dangereuse quand les consignes de sécurité ne sont pas respectées ! Elle peut exploser dans les cuisines, elle peut asphyxier dans les salles de bains…
Mais l’bota faisait surtout frissonner les gouvernants redoutant de toucher à la structure de prix de ce produit de grande consommation, de toucher au câblage de ce qui était présenté comme une bombe à retardement sociale. C’est ainsi que son prix subventionné n’a pas bougé depuis des lustres.
Ce système de compensation qui a pourtant montré ses limites (au moins depuis 2013) est resté figé dans le temps, consumant à petit feu les deniers de l’État, supposés être affectés au soutien du pouvoir d’achat de la population la plus vulnérable.
L’bota incarne d’ailleurs toute l’injustice de ce système de compensation tel qu’il a été conçu et maintenu pendant ces dernières décennies. En dix mots : ceux qui ont le plus besoin en profitent le moins. Car si la consommation d’un ménage marocain modeste ne dépasse que rarement deux bonbonnes de gaz par mois, les installations hydrauliques d’une exploitation agricole ou les cuisines d’un palace peuvent épuiser cette quantité en quelques heures seulement.
Des statistiques révélées en début de semaine par Fouzi Lekjaâ le démontrent : 20% des Marocains les plus pauvres ont profité de 14% des subventions de gaz butane ces dernières années, alors que les 20% les plus nantis ont bénéficié du double.
Les 10 dirhams d’augmentation sur le prix de la bonbonne de gaz ne devraient pas peser sur le pouvoir d’achat des ménages. Surtout que cette décompensation partielle est menée parallèlement avec le déploiement des aides sociales directes. Depuis décembre dernier, pas moins de 3,6 millions de Marocains bénéficient de cette aide dont le seuil minimum est de 500 dirhams par mois. La réforme en cours marque le début de la fin pour le système de subvention à l’aveuglette qui cède progressivement la place à une vision d’optimisation des ressources publiques à travers une redistribution plus équitable et mieux ciblée. Il en faut du courage politique pour amorcer cette révolution sociale, désormais en marche, et qui ne saurait être sacrifiée sur l’autel de la démagogie politicienne…
