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Edito

CGEM : Un consensus qui finit en dissensus !

Dans les manœuvres politiciennes, on préfère plutôt critiquer sous sa djellaba plutôt que s’opposer ouvertement dans l’instance dédiée et de s’exposer publiquement.

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Il y a à peine quelques mois, les grands patrons sortaient de leurs gonds dès lors qu’on leur parlait de candidature unique à la tête de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Ils préféraient plutôt le refrain de «candidature consensuelle» pour chanter les louanges du duo Chakib Alj – Mehdi Tazi, reconduit le 16 mai dernier à 99% des voix exprimées… Autant dire, un chèque en blanc !

Le dissensus éclate néanmoins un mois après le plébiscite lors de la constitution du nouveau conseil d’administration pour ce deuxième mandat. Au lendemain de l’annonce des membres désignés par le président, au cours d’un conseil où la majorité des membres de droit (présidents de fédérations et de régions qui sont élus) ont été présents ou représentés, voilà qu’une partie du patronat se met à crier au népotisme, à l’instrumentalisation politique, quant aux choix du président.

La liste Alj aurait pu être débattue, contestée, négociée par ceux-là mêmes qui, à coup de confidences en off, la réduisent aujourd’hui à «un déjeuner de famille» ou en «Fassi-land» comme l’ont rapporté certains médias. Sauf que dans les manœuvres politiciennes, on préfère plutôt critiquer sous sa djellaba plutôt que s’opposer ouvertement dans l’instance dédiée et de s’exposer publiquement.

Des erreurs de casting, on pourra bien sûr en trouver dans la liste Alj, comme dans n’importe quelle liste d’ailleurs. Cette même CGEM n’est-elle pas montée au créneau quand la liste du Conseil pour l’éducation a dévoilé qu’un des leurs a viré en syndicaliste ? Les palabres des salons politiques ne résonnent-elles pas à chaque nomination de gouvernement ? Les chancelleries diplomatiques ne s’animent-elles pas à chaque liste de renouvellement d’ambassadeurs ou de consuls ? Dans chacune des précédentes listes des conseils de la CGEM, on peut d’ailleurs secouer les arbres généalogiques, remonter les lignes de CV et extrapoler les relations d’affaires pour trouver des accointances de toute sorte. Et quand bien même il y aurait une forte concentration de «copains et de familles» (cela reste à prouver), ce n’est peut-être que la conséquence logique de décennies où la reproduction des élites est restée essentiellement héréditaire.

Les jeunes entrepreneurs du «Momentum Maroc» sont naturellement des descendants d’anciens capitaines d’industrie, mais aussi des anciens collaborateurs d’investisseurs brillantissimes, sans oublier évidemment les self-made men qui ont émergé. Dans la liste Alj, on peut trouver un peu de tout cela, comme on peut lui reprocher la mise à l’écart de certaines figures de proue du patronat. Mais c’est à lui qu’a été accordé le mandat de faire ces choix qui ont dû reposer sur des critères, entre autres la disponibilité et la compétence.

La compétence des nouveaux venus est d’ailleurs reconnue par ceux-là mêmes qui les critiquent. Si certains voient dans leur manque d’expérience pour piloter des commissions sensibles un handicap, d’autres peuvent considérer leur nouveau regard comme un atout dans un contexte où tout est à remettre à plat. Les gardiens du temple, les historiques, ceux qui connaissent les prénoms des enfants des fonctionnaires dans les ministères (eux ne changent jamais) n’ont qu’à les épauler en les faisant profiter de leur back-ground, en travaillant à leurs côtés, en les orientant. En tout cas, c’est plus constructif que de faire dans la rétention de l’information. De leur côté, l’opinion publique et le landerneau médiatique devraient les juger sur pièces, sur leurs réalisations plutôt que de leur coller un procès d’intention pour délit de nom de famille.