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Chronique

Une opposition sans background et sans cohérence

A la faveur du bilan mi-mandat, la faiblesse argumentaire de l’opposition est apparue au grand jour. Cela incite à poser la question de l’indigence intellectuelle, doctrinale et pour le moins rhétorique de l’opposition.

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Une fois de plus, à la faveur du bilan mi-mandat de l’actuel gouvernement, la faiblesse argumentaire de l’opposition est apparue au grand jour. Cela incite à poser la question de l’indigence intellectuelle, doctrinale et pour le moins rhétorique de l’opposition. Cette carence conceptuelle a frappé de plein fouet la gauche depuis sa confrontation à la pratique gouvernementale à la fin des années 90. Aussi, l’USFP a-t-elle cessé de produire des paradigmes crédibles sinon intelligibles, tout comme le PPS qui se contente dorénavant de quelques débats sectoriels épars à l’audience souvent confidentielle et donc sans effet notable sur la vie politique nationale. Quant au PJD, depuis qu’il fut laminé électoralement en 2021, il s’est collé à une espèce de «mur de lamentations» où il ne cesse de faire prospérer un delirium pathétique sans le moindre soupçon de programme alternatif cohérent.

En vérité, autant la composition tripartite de la majorité actuelle peut légitimement prétendre à une «visibilité» de type national-libéral, autant l’opposition, elle, souffre d’une hybridité particulièrement schizoïde. Elle compte, en effet, en son sein, une galerie de postures indéchiffrables. Voici donc un Mouvement populaire transformé par Mohamed Ouzzine, son nouveau leader si entiché de cabotinage logomachique, en une formation ultra-populiste où fleurissent les approximations, voire les fake news et les données économiques douteuses. Le SG du MP tente de remplir le vide laissé par la gauche avec un discours désespérément… vide. Bien que tonitruante, sa voix autant parlementaire que médiatique ne porte guère loin, tant l’indigence programmatique y est flagrante. La pauvre Union constitutionnelle, quasiment condamnée à l’aphonie du fait même de sa proximité doctrinale avec le RNI, n’arrive pas à faire valoir un ADN idéologique cohérent à même de la distinguer. Parlementairement sinistré avec ses 13 députés, le PJD peine à dépasser son traumatisme électoral et a fini par se réfugier dans le pré carré des valeurs archaïques et franchement antimodernistes. Par la voix de son dirigeant, qui s’est découvert une vocation de saltimbanque youtubeur, il réagit à la carte, au coup pour coup. Qu’il s’agisse du Code pénal, de la Moudawana ou même de la guerre génocidaire menée par Netanyahou à Gaza, il fait davantage dans le prêche larmoyant que dans l’opposition politique dûment structurée. Quant à la (dorénavant) pauvre USFP, elle semble avoir perdu à jamais jusqu’à l’orthodromie de sa «qibla» gauchiste. Ayant attendu durant trente longs mois quelque hypothétique appel du pied pour rejoindre la majorité actuelle, elle a fini par se ridiculiser en brandissant le pétard mouillé d’une impossible motion de censure. C’est dire la situation quasi cadavérique dans laquelle elle se trouve face à des militants profondément désabusés, des élites déçues par les mœurs peu vertueuses de la direction – l’affaire de l’affectation des fonds réservés aux études en constitue le dernier épisode – et une opinion publique définitivement désillusionnée.

En clair, cette opposition mosaïque qui n’a perdu aucune occasion pour… se taire a raté toutes les occurrences de formuler et surtout de formaliser, autant collectivement qu’en solo, des alternatives crédibles. Pourtant, les problématiques sérieuses qui méritent un débat n’ont point manqué durant la première partie du mandat de la troïka gouvernementale actuelle : l’inflation, le chômage des jeunes, la sécheresse, etc. Hormis les questions au gouvernement dont la substance aura été davantage marquée par les lamentos que par des propositions structurées et précises, rien de bien consistant et constructif n’a été adroitement et intelligemment opposé au gouvernement Akhannouch. En vérité, la jeune démocratie marocaine, bien qu’elle puisse légitimement s’enorgueillir d’un multipartisme qui date des années 30 du siècle dernier, n’a pas encore fait émerger ses écoles intellectuelles de gauche ou de droite. Des écoles «philosophiques» avec des corpus idéologiques et programmatiques denses et intellectuellement performants. Si la droite marocaine n’a pas encore enfanté ses Raymond Aron, David Ricardo, John Stuart Mill ou John Kenneth Galbraith, la gauche ne peut se prévaloir de ténors de la pensée politique et a fortiori économique. Même si l’université marocaine a connu une certaine effervescence idéologique gauchiste durant les décennies 60, 70 et l’aube des années 80. Tout cela a périclité pour laisser la place à toutes sortes de fumisteries démagogiques sans grand intérêt. Alors qu’ils s’illustraient naguère par leur capacité à produire régulièrement des contenus idéologiques certes dogmatiques, mais globalement denses et programmatiquement riches, l’USFP et le PPS semblent s’être rangés aujourd’hui dans des lieux communs démagogiques tristement plats. Au point que l’USFP version Lachgar qui avait pompeusement annoncé en 2014 la création d’un «institut des études et des recherches» s’est retrouvée au cœur de graves soupçons de détournement de fonds alloués précisément à des «études» !

L’agonie de la gauche est néfaste pour la jeune démocratie marocaine. L’absence d’une opposition forte et crédible l’est encore davantage. Quelle que soit la performance en matière de gouvernance de la majorité dans toute démocratie digne de ce nom, une opposition forte et responsable lui est aussi nécessaire que le confort permis par la bénédiction des suffrages. Après la clochardisation vécue sous la houlette islamiste, le paysage partisan marocain doit de toute urgence retrouver une opposition forte de son background intellectuel et de référentiels compatibles avec les exigences de notre monde mondialisé et postmoderne. Une urgence vitale !