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Chronique

Un tramway nommé espoir

Le tramway casablancais est un laboratoire de sociologie urbaine. On peut y observer des comportements différents de ceux que l’on retrouve dans les autres espaces publics de la ville. Des attitudes qui lui sont presque spécifiques peuvent nous renseigner sur l’évolution actuelle et future de la société.

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En 1986, Marc Augé, anthropologue de la ville et du quotidien et directeur de recherche à la prestigieuse École des hautes études en sciences sociales (EHSS), a publié un livre «Un ethnologue dans le métro» dans lequel il décortiquait la société contemporaine française à travers le métro parisien.
En faisant sortir l’ethnologie de ses terrains exotiques et des tribus lointaines dans lesquels les scientifiques et les autres la croyaient cantonnée, il proposait un point de vue original sur la société, l’altérité et les différences culturelles. Le métro étant à la fois individuel et social, il constituait un terrain propice aux interactions entre les uns et les autres.

Un espace public pas comme les autres
Il en est de même pour notre tramway casablancais. Celles et ceux qui le prennent tous les jours peuvent y attester d’un niveau d’urbanité un peu plus élevé que celui que l’on observe dans d’autres espaces publics de la ville. Même s’il est évident que la nature des espaces publics diffère par la spatialité (pardon pour la redondance) entre la rue, le café, les administrations, les marchés, les cinémas…, mais également par la proximité imposée, sa fonction utilitaire ou la possibilité ou non de s’en extraire au besoin, au moment que l’on veut.
Lors de sa mise en circulation, le 13 décembre 2012, des voix se sont élevées pour crier au risque «certain» de vandalisme «habituel» causé par les populations «non éduquées» des quartiers pauvres en périphéries. Par exemple, ceux de Hay Mohammadi ou de Lissasfa, disaient-ils ! Ces populations ont prouvé par la suite que ces «alertes» étaient faites par des gens qui se croyaient, eux, bien éduqués, mais qu’au fond ils n’étaient que «racistes» ou au moins condescendants.
Les Casablancais se sont approprié cet espace, car ils y ont senti qu’ils pouvaient y être respectés. Après plus de douze ans d’activité, le tramway circule toujours, EST propre, arrive à intervalles réguliers, rend service, EST plus accessible et moins cher que les taxis.

Une société sur les rails
Le tramway a même prouvé qu’il pouvait être un outil démocratique, d’apprentissage de la citoyenneté et de confirmation de la bonne nature humaine au demeurant. Les usagers, obligés d’y côtoyer d’autres pendant un laps de temps, font en sorte que le voyage s’y passe agréablement. Les jeunes y laissent la place aux vieux, les handicapés y ont droit aux égards des autres, des regards s’y croisent sans harcèlement que le regard collectif réprouve.
La leçon à retenir est peut-être celle que quand les Marocains se sentent respectés dans un espace public, ils en prennent soin. Quand ils y sentent de l’inégalité ou de l’injustice, ils le sabotent. Directement ou indirectement, clairement ou insidieusement.
Le tramway casablancais est peut-être le nouveau modèle de développement que nous pourrions espérer. Il s’y passe des choses qui nous renseignent sur l’évolution possiblement positive de notre société, à condition de prendre soin des égards envers ses prochains, ses concitoyens, ses administrés… C’est selon. Un véritable exemple de service public qui rend au citoyen sa liberté, spatiale ou intellectuelle.
Compléter l’anthropologie du tramway par celles des supermarchés modernes ou des souks des mardis de Sidi Bennour ou le jeudi des Zmamra pourrait être utile à nos décideurs pour mieux connaître la sociologie de ceux qu’ils doivent servir, si tel est l’objectif. Et pourquoi pas un centre de recherche anthropologique au Morocco Mall ou Asswak Assalam !
La Culture est la solution.