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Chronique

«To eat or not to eat»

Des questions récurrentes reviennent presque toujours pendant ce mois sacré. La frontière entre le jeûne et la liberté individuelle ne serait-elle définie que par l’ostentation ?

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Je respecterai toujours davantage quelqu’un qui observe le jeûne alors qu’il a la possibilité de ne pas jeûner, ostensiblement, s’il le veut.

C’est le cas, par exemple, de nombreux Marocains qui vivent dans des pays où le Ramadan n’est pas «obligatoire» et qui luttent contre toutes les tentations environnantes, possibles et existantes.

J’aurai un peu moins de respect envers ceux qui jeûnent à contrecœur, malgré eux, par peur du contrôle social.

Et pas que, parce qu’au-delà du contrôle social, il y a le Code pénal, dont l’article 222 stipule que «Celui qui, notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du Ramadan, sans motif admis par cette religion, est puni de l’emprisonnement d’un à six mois et d’une amende de 12 à 120 dirhams.»

Le jeûne, une liberté individuelle ?
Passons sur l’interprétation juridique de la notion de «notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane», passons aussi sur la définition de l’espace public.

Est-il considéré ostentatoire de fumer sur son balcon ? Le débat est récurrent. Il est presque toujours entre ceux qui lient la rupture ostensible du jeûne à une liberté individuelle, ceux qui considèrent que la loi ne criminalise pas la rupture du jeûne en soi, mais «seulement» son caractère ostentatoire dans un espace public.

Et puis, les oulémas pour qui le jeûne du mois de Ramadan est obligatoire pour tout musulman adulte sain d’esprit. Toutes choses égales par ailleurs, nous revenons à la même question du harcèlement et du viol, parfois abjectement justifiés par la tenue vestimentaire dite «alléchante» de la femme qui le subit.

Il n’est pas question, ici non plus, de maîtrise de soi, d’éducation, d’élégance, de respect de l’autre, de ses croyances ou/et non-croyances…

Vivre cachés, est-ce la solution ?
Globalement, si le jeûne pendant le Ramadan n’est pas une obligation légale au sens juridique du terme (tout comme la prière, l’aumône et tout le reste), gare à vous si on vous «chope» en train de manger, de fumer ou autre chose.

Autrement dit, ce n’est pas une obligation tant que vous faites ce que vous faites, mais en cachette. Tout ce qu’on vous demande, c’est de vous abstenir de heurter les âmes sensibles, et faibles, qui luttent contre les tentations, toutes les tentations !

Dans la nature, il doit tout exister. Des personnes qui font semblant de jeûner pour satisfaire la galerie, pas Dieu. Des gens qui jeûnent mais qui n’ont pas l’air de jeûner, leur humeur est tellement stable qu’ils ne donnent même pas l’impression de manquer de quoi que ce soit.

Et puis, il y a ceux qui sont à fleur de peau, presque constamment à la recherche de la moindre excuse pour laisser éclater leur colère et extérioriser leur manque de maîtrise de soi.

Le mois de Ramadan, au lieu d’être un mois de combat contre soi-même pour atteindre la perfection de son âme, se transforme, au contraire, en un mois de contrôle collectif et de « tberguig ».

Et si pour quelques-uns, tant que «vivons cachés pour vivre heureux» représente une maxime pour une logique de survie dans un milieu hostile, la question du débat autour des libertés individuelles et de la liberté de conscience demeurera aussi longtemps escamotée pour toute la société.

La Culture est la Solution.