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Chronique

“Tberguig” et développement

Maintenant que Ramadan touche à sa fin, faisons un bilan afin que, nous-mêmes, ne restions pas (que) sur notre faim. Qu’avons-nous appris?Qu’allons-nous garder? Que restera-t-il de notre amour de Dieu pendant ce mois sacré?

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Maintenant que le plein de foi est fait jusqu’au prochain Ramadan, nous allons reprendre une activité «normale» pendant les onze mois à venir, si Dieu nous prête vie. Entre ceux qui ont lourdement senti ce mois et ceux qui ne l’ont pas vu passer, ceux qui sont contents qu’il finisse, enfin, et ceux qui sont tristes à mourir qu’il s’en aille déjà, faisons le décompte. Devinons les pourcentages des premiers et des seconds.

Date de péremption de l’observance religieuse
Et surtout, essayons d’observer le laps de temps qu’il faudra pour que les bons réflexes du Ramadan s’estompent. Combien de jours tiendrions-nous encore avant que la spiritualité et l’altruisme, acquis ou renforcés pendant ce mois sacré, disparaissent dans la nature ? Ensuite, tentons d’évaluer la date de péremption de l’observance religieuse «ramadanesque» et la durée moyenne qu’il faut pour le retour aux mauvais réflexes et la fin de l’observation des règles, après Ramadan.

Selon le dictionnaire Larousse, observance et observation ont un sens commun. Il s’agit de «l’action d’observer une règle, une loi…». La différence entre les deux relève du domaine dans lequel chaque mot est utilisé. L’observance s’applique presque exclusivement au domaine religieux. L’observation, elle, à tout le reste. Observance pour le sacré, observation pour le profane. Une sorte de laïcité appliquée au vocabulaire.

 

Observance, observation et “tberguig”
Les synonymes d’observance sont acceptation, adoption, discipline et obéissance. Ceux d’observation sont commentaire, constatation, propos et remarque. Chez nous, et c’est encore plus visible pendant Ramadan, l’observation peut prendre une autre signification encore. Se déplaçant davantage vers la surveillance des autres et le contrôle collectif.

Cet autre sens a un synonyme dans la langue vernaculaire : “Tberguig”. Intraduisible au demeurant, le “tberguig” est le fait de s’affairer à observer les gens, leurs défauts, leurs imperfections, leurs exactions… et de surtout ne pas se mêler de ses propres affaires.

“Tberguig”, ennemi de l’espace public
Analysé sous un prisme académique «culture et développement», le “tberguig” fait partie, précisément, d’une culture qui nuit au développement, au moins pour deux raisons. La première réside dans sa nature chronophage. Il nous fait perdre notre temps à observer les autres au lieu, pour le dire gentiment, de vaquer à nos occupations.

Cette action aurait pu être bénéfique si le but de l’observation était anthropologique, celui d’apprendre des erreurs des autres pour les éviter soi-même. Malheureusement, ce n’est pas le cas ici. La seconde raison, le “tberguig” permet d’argumenter notre propre fainéantise. Car pointer ce que n’arrivent pas à réaliser les autres finit par nous convaincre que nous n’avons pas à nous casser la tête à essayer de faire quoi que ce soit. Avec un avantage pour le “berguag”, celui d’un apport discursif supplémentaire dans les cafés et les taxis.

En conclusion, le “tberguig” nuit à l’espace public, à l’expression et à la créativité. Comme nous “bergueguons”, j’ose le néologisme, nous savons qu’en retour nous sommes également assujettis au “tberguig”. Ce qui nous rend nous-mêmes moins naturels, vu qu’il est difficile d’être soi-même quand nous nous sentons observés. CQFD. Si nous nous débarrassons de ce “tberguig”, l’espace public aurait des allures plus libres et notre créativité se débarrasserait, alors, d’au moins un frein. La culture est la solution.