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Chronique

Survie ou vengeance

Il faudra bien un jour que nous essayions de comprendre les positions des uns et des autres par rapport à la situation historique et actuelle en Palestine et Israël. Leurs formulations deviennent tellement alambiquées à coup d’excès de précaution ou d’insincérité du propos que l’on finisse par ne rien comprendre. Essayons quand même.

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Il y a un phénomène bizarre qui se passe. Bizarre n’est pas le mot juste. Il faudrait plutôt dire «un phénomène globalisant». Le rêve pour tout chercheur en sciences humaines ou politiques, celui de pouvoir généraliser afin de mieux démontrer une hypothèse ou justifier un concept. Voici l’hypothèse en question : les pays occidentaux prennent la défense d’Israël, comme un seul homme. Quoi qu’il arrive et quelles que soient les exactions commises par l’armée israélienne. On en arrive parfois à une belligérance décomplexée quand il s’agit d’Israël. Et l’on ne s’embarrasse plus de nuances ou des habituelles formulations creuses des diplomates pour afficher l’impartialité des positions.

Même les partis d’extrême droite dont nous connaissons, tous, les fondements et le passé antisémite se mettent à déclarer leur amour pour Israël. Coalitions de circonstances contre un «ennemi public» identifié: les Arabes ou/et les musulmans. Jusque-là, cette assertion passait pour de la victimisation. Il s’agit, désormais, et hélas, d’un constat.

Hiérarchiser les malheurs
Il faut préciser que les postures prises par les gouvernements des pays occidentaux ne correspondent pas toujours à leurs opinions publiques. C’est comme si l’Occident «officiel» perdait d’un coup son sens critique, sa raison fondatrice, ses valeurs universelles, ses principes de droits fondamentaux…

Des déclarations officielles formulent même une hiérarchisation de vies humaines perdues. Pour ce faire, les mots sont choisis, à dessein. Les morts ne portent plus les mêmes noms. D’un côté, il y a des victimes de la barbarie d’un mouvement terroriste, de l’autre, ce sont des victimes collatérales, presque nécessaires pour abolir un Hamas qui construit des tunnels sous des hôpitaux.

Le leitmotiv : les civils qu’Israël tue avec ses bombes sont supposés être les victimes du Hamas qui les met en avant, en boucliers humains dans le seul destin de mourir par dizaines ou centaines parce que le Tsahal estime qu’il y aurait parmi eux un supposé leader de l’organisation. Et l’on veut persuader le monde qu’il s’agit d’un mal nécessaire, et que pour se venger de l’humiliation du 7 octobre 2023, il était légitime d’exterminer les civils qui s’interposent malgré eux entre l’armée israélienne et le Hamas.

Civils entre deux feux
Car d’un côté, il s’agit d’une armée d’un pays qui, en plus de bien maîtriser sa communication pour se faire passer pour un pays démocratique victime de terroristes, aurait l’obligation pour survivre de bombarder des civils, beaucoup de civils.

De l’autre côté, le Hamas se prend le «loisir» et le droit de sacrifier des milliers de civils pour une cause à laquelle tout le monde croit, mais dont le prix du sacrifice n’a pas été négocié à l’avance, surtout avec ceux qui le paient de leur vie. Le légitime droit de se défendre permet à ce pays «démocratique» d’aller chercher les terroristes jusque dans, pour paraphraser Poutine, les «chiottes» des hôpitaux qui abritent les tunnels du Hamas. Ce n’est pas grave si l’on doit massacrer femmes et enfants par dizaines, centaines, milliers pour exterminer le Hamas. Ils n’avaient qu’à ne pas naître Palestiniens ou musulmans.

L’Allemagne punit désormais ceux qui manifestent leur solidarité avec Gaza. Les États-Unis utilisent leur droit de veto à l’ONU pour ne pas laisser passer une résolution pour un cessez-le-feu. Et l’on glisse vers une nouvelle croisade politique et intellectuelle qui alimente une culture de vengeance aveugle et de guerre totale. Pour revivre ensemble après tant de morts et de massacres, ce sera difficile de replanter une culture de paix dans le cœur des générations à venir.
La Culture est la Solution.