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Chronique

Samira Sitail à Paris : les symboles d’une nomination

En nommant notre désormais ex-consœur Samira Sitail au poste d’ambassadrice à Paris, le Souverain semble avoir recouru au maniement des symboles comme il en a l’incontestable maestria.

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Ce poste était resté vacant depuis le 18 octobre 2022 à la suite d’un communiqué du Cabinet royal diffusé la veille par lequel la France apprit à son détriment que l’ambassadeur Mohammed Benchaâboun devait rentrer à Rabat. C’est donc après une bonne année, que le Maroc a concédé à la France le remplacement de son ambassadeur certes non «rappelé», mais «appelé à d’autres fonctions». Ainsi, le Royaume semble réaffirmer à l’adresse de la France qu’il n’obéit qu’à son propre agenda.

En vérité, en elle-même, la nomination de Mme Sitail appelle au moins deux lectures. D’une part, elle peut être interprétée a priori comme un signe d’apaisement consenti par le Maroc, ce que le quotidien Le Monde, dont on connaît la sempiternelle «aménité» à l’égard du Royaume, n’a pas manqué de souligner. D’autre part, cette nomination a été a contrario interprétée par nombre d’observateurs connaissant la forte personnalité et le profil de l’élue comme le symbole édifiant du refus du Maroc de passer par pertes et profits les assauts divers et variés commis par certains cercles dirigeants et leurs relais médiatiques contre le Maroc et son Souverain. En effet, le fait même que la nouvelle ambassadrice soit une binationale ayant fait montre d’une exceptionnelle combativité à l’encontre de la meute politico-médiatique antimarocaine démontre à quel point le Maroc tient à ce que ses relations avec la France de Macron soient dorénavant frappées du sceau du respect mutuel, total et inaliénable. «Je suis sûr que Samira s’attellera surtout à préparer le terrain de l’après-Macron», me dit un confrère de Jeune Afrique.

Pour le moment, la nouvelle ambassadrice aura donc beaucoup à faire quant à la restauration des rapports historiques entre les deux vieilles nations, sans toutefois concéder quoi que ce soit au registre de la dignité des Marocains, du respect dû à leur Roi et de la reconnaissance pleine et entière de l’intégrité territoriale du Royaume. Nul doute que l’ambassadrice Samira Sitail saura rendre coup pour coup, fût-ce d’une main sémantiquement gantée de velours. Diplomatie oblige, mais «tamaghrabite» toujours aux aguets.

D’ailleurs, le «masculin singulier» du couple Addahre a offert, depuis sa nomination au poste d’ambassadeur du Maroc à l’UNESCO en 2019, un avant-goût de cette même «tamaghrabite» dont le binôme a fait sa philosophie d’existence.

Samira a démontré ses savoir-faire et faire-savoir dans le paysage audiovisuel public marocain via la chaîne 2M, comme dans la créativité communicationnelle au sein de la sphère entrepreneuriale, notamment européenne. Une battante qui rejoint la rue Le Tasse avec un carnet d’adresses médiatico-politique particulièrement copieux.

Samir, lui, a été successivement consul général à Bordeaux, ambassadeur auprès de la Belgique et du Grand-Duché de Luxembourg, puis en Grèce et en République de Chypre, avant de s’établir à Paris en qualité de Délégué du Royaume auprès de l’UNESCO.

Les deux se sont illustrés par leur patriotisme militant dont certains milieux hostiles ont fait les frais. On se souvient des nombreux clashs qui ont opposé Samira, alors patronne des rédactions de 2M, aux caciques islamistes de l’ancien gouvernement piloté par le PJD. Comme on se souviendra longtemps de la confondante riposte de la même Samira aux balivernes débitées sur le plateau de BFM TV sur le Maroc et son Souverain au lendemain du séisme d’Al Haouz. Celle qui a écrit sur son compte X (ex-Twitter) : «Les PSEUDO dictateurs de la pensée ne me font pas peur. J’aime ma mère, le Maroc… etc.» n’eut aucune peine à faire boucler leurs clapets aux «fatwaseurs» attitrés de l’ethnocentrisme hexagonal.

Son mari n’a pas non plus sa langue dans sa poche. Il a infligé, il y a un an, une mémorable correction au délégué algérien qui eut le malheur de confondre Tata et Dakhla. «Nous n’avons pas parlé de Dakhla, nous avons parlé de Tata, monsieur le délégué de l’Algérie (…) Votre obsession vous amène à vous boucher les oreilles ; vous n’entendez même plus ce qu’on vous dit (…) Et puis Dakhla fait partie intégrante du territoire marocain, que vous le vouliez ou non, il y a un processus onusien, vous êtes prié de sortir et de laisser les Nations unies faire leur travail». Échec et mat !

Au seuil de la soixantaine, le couple Addahre fait partie de cette génération Mohammed VI qui a élu l’audace en mode d’efficience. À l’instar des Nasser Bourita, Fouzi Lekjaa, Nadia Fettah Alaoui, Fatima Ezzahra El Mansouri ou encore l’ambassadrice Karima Benyaich, ce couple a démontré son adhésion viscérale et cérébrale à la vision moderniste du Roi-citoyen. Une vision basée sur l’attachement aux fondamentaux de la monarchie constitutionnelle, l’audace… de la tolérance et l’ouverture sur les opportunités qu’offre le monde globalisé.

Si l’on ne peut sûrement pas préjuger de la réussite de Mme Samira Sitail Addahre dans sa nouvelle mission, on ne peut non plus négliger les aptitudes et le background dont elle s’est armée dans ses anciennes responsabilités, tant au Maroc qu’à l’étranger. Bon vent !