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Chronique

Russie vs Occident: La souveraineté marocaine d’abord !

À l’aune stricto sensu de ses intérêts supérieurs, la nation marocaine n’a aucun intérêt à fâcher la Russie en croyant satisfaire les Occidentaux. Le contentieux entre les deux parties est complexe et le Maroc y est complètement étranger.

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En matière d’alliance, de belligérance ou de neutralité autant positive que négative, la morale et, encore moins, le sentimentalisme n’ont et n’auront pas de sitôt leur place dans les relations internationales.
Quelles que soient l’évolution et l’issue du conflit russo-ukrainien, le Maroc doit se placer à équidistance entre le pays de Poutine et les Occidentaux. Ce conflit trouve sa genèse au plus profond de la galaxie ethnoculturelle slave et son exégèse dans une problématique euro-européenne. Les USA, qui semblent l’avoir enfin compris, commencent à se faire plus discrets après avoir précipité les Européens dans ce bourbier. Par ailleurs, ces derniers eux-mêmes n’y sont guère étrangers. En mai 2009, l’Union européenne avait proposé un partenariat à l’Ukraine, à la Biélorussie, à la Moldavie, à l’Arménie, à la Géorgie et à l’Azerbaïdjan. Mais pas à la Russie avec laquelle les négociations de «partenariat stratégique» se sont enlisées du fait de la «guerre du gaz» de 2006. A contrario, le partenariat avec l’Ukraine devait d’abord passer par un «Accord de libre-échange» dit «complet et approfondi» (ALECA), avant d’emprunter la voie royale vers l’intégration au sein de l’Union européenne, puis l’OTAN.
Tous les appels du pied faits par Poutine en direction de l’Union européenne ont été ignorés. Pis, contrairement à l’Allemagne de Merkel qui avait toujours ménagé la susceptibilité russe, la France persistait à servir la rengaine «droits-de-l’hommiste» à une Russie toujours traumatisée par l’effondrement de l’Empire soviétique. Alors qu’il fallait proposer un dialogue constructif à une Russie fraîchement amputée de ses satellites, l’Union européenne, dûment relayée par l’OTAN, a opposé paternalisme et condescendance à un Poutine élevé à la «grandeur soviétique». Sans compter le mépris des engagements pris par James Baker vis-à-vis de Gorbatchev quant à la non-extension de l’OTAN vers les ex-satellites de la défunte URSS. Ajoutons à cela le tour de passe-passe déguisé en pis-aller joué à Poutine en Libye par le Conseil de sécurité de l’ONU interposé.
Toutes ces blessures narcissiques assénées à la Russie depuis l’implosion de l’ex-URSS expliquent l’attitude actuelle de Moscou face aux Européens et aux Américains. À vrai dire, la riposte poutinienne n’a pas commencé en Ukraine, mais bel et bien en Crimée. À cette occurrence, l’âme slave s’est manifestée dans ses dimensions psychologique, historique et ethnoculturelle. Les Occidentaux, généralement indifférents aux liens ethnoculturels qu’ils ont longtemps bafoués allègrement, à tort et à travers, sur des cartes d’état-major, de l’aube du XIXe siècle jusqu’aux dernières guerres d’Irak, de Syrie, de Libye ou encore via la partition du Soudan, ont plus que jamais intérêt à prêter leur nonchalante attention aux vengeances séculaires ! Le mental slave, bien que réputé cyclothymique et versatile, est pétri d’une fierté à fleur de peau à nulle autre pareille de par le monde. L’ultranationalisme est à cette âme mélancolique ce que la démocratie est à l’Occident d’extraction judéo-chrétienne. Le récit russe du conflit avec l’Ukraine le démontre amplement.
Mais – sapristi ! – tout cela est une affaire exclusivement russo-européenne, et le Maroc n’a rien à y faire, même s’il doit en méditer les leçons. La première de ces leçons consiste à s’imprégner du fait de plus en plus avéré que les pays du Sud ne resteront plus assujettis indéfiniment à un Occident qui a longtemps été le détenteur exclusif des principaux instruments de la puissance géostratégique, financière et technologique. La crise russo-ukrainienne vient nous administrer la preuve des sérieuses limites de sa puissance géostratégique, comme le confirment les BRICS, Chine en tête, jour après jour. D’ailleurs, à l’image de la Chine qui ménage la chèvre et le chou dans le conflit russo-ukrainien, il n’y a aucune honte pour le Maroc à sauvegarder ses bonnes relations avec l’Ukraine sans altérer ses précieux rapports avec la Russie. Et c’est heureux que la diplomatie marocaine s’y attache jusqu’ici.
Plus généralement, la configuration inédite du monde qui se dessine sous nos yeux est extrêmement favorable à l’épanouissement des nations du Sud, et le Maroc semble l’avoir bien compris. En effet, en acculant de nombreux pays, dont de redoutables puissances d’Europe et d’Amérique, à réviser drastiquement leurs positions au sujet de ses provinces sahariennes, le Maroc a – volontairement ou involontairement – montré le chemin de la confiance en soi et de l’émancipation la plus souveraine possible des diktats de type néocolonialiste ou de facture impérialiste. La diplomatie marocaine l’a fait sans perdre pour autant la confiance de la finance internationale, ni risquer quelque vindicte de l’Union européenne, ni a fortiori subir les redoutables foudres du Conseil de sécurité de l’ONU.
Ainsi, fort de ses alliances arabes, africaines, avec les pays du Golfe, les USA et un nombre incalculable de nations membres de l’Assemblée générale de l’ONU, le Royaume peut accélérer la cadence vers la reconnaissance «universelle et définitive» de son intégrité territoriale à travers le Conseil de sécurité de l’ONU où, comptant sur l’appui solennel américain, il ne peut craindre aujourd’hui aucun veto, y compris de la part de la Russie ou de la Chine. Quant aux deux autres membres permanents du même Conseil que sont le Royaume-Uni et la France, ils sont plus que jamais mûrs pour finaliser la reconnaissance des droits légitimes du Maroc sur ses provinces sahariennes.
«Rentre dans le souk de ta tête !», disent les Marocains. «En parlant peu, tu entends davantage», affirme un proverbe russe.