Chronique
Rebelote !
Suivant la même logique que personne ne doit aller en prison pour ses opinions, personne ne doit mourir à cause de ses idées, quelles qu’elles soient. L’assassinat de Charlie Kirk remettrait-il une autre pièce dans la machine de polarisation de la société américaine ?
L’assassinat de Charlie Kirk (re)pose la question de la liberté d’expression et de la violence politique aux États-Unis. Nous n’allons pas faire semblant d’inventer la roue, la société américaine a toujours été brutale et violente.
De la violence politique, il y en a eu à travers les années. Avec des moments de crises et des moments, de plus en plus rares, pendant lesquels la démocratie triomphe.
L’histoire des États-Unis est «remplie» de présidents, leaders politiques, syndicalistes, militants… de droite et de gauche, qui ont été la cible de violences des camps adverses.
Plus de place pour des avis contraires
La polarisation de la société américaine nous alerte sur l’éventuelle impossibilité, à l’avenir, pour des visions antagonistes du monde d’avoir droit de coexister en même temps.
Pour ce faire, il faut des espaces de débats et de négociations. Et surtout de respecter le droit de l’autre d’exister même s’il ne pense pas la même chose. Les mécanismes qui permettent la cohabitation des personnes ayant des visions différentes du monde dans un même espace existent.
La démocratie représentative, directe, élective…, les espaces de délibération (Parlements, médias, agoras, cafés, lieux de vie, de culture…). Ces espaces peuvent, bien entendu, être sujets aux manipulations, aux interdictions et à la censure.
Là encore, un homme est mort. Il avait des enfants, une femme, une mère, un père, des amis… Personne ne peut (doit) approuver cet attentat, encore moins s’en réjouir. En même temps, personne n’est innocent dans cette affaire. Ni le meurtrier ni la victime.
Ce sont les «mécanismes» de la négociation qui constituent un échec en soi. Quelle plus grande barbarie que celle de devoir imposer son point de vue par le meurtre ! D’autant qu’il est contreproductif. Beaucoup n’ont connu Charlie Kirk qu’après sa mort.
Les conservateurs américains (et d’ailleurs) commencent déjà à utiliser cet assassinat pour faire l’apologie de leurs idées abjectes face à «l’obscurantisme woke qui pratique la censure et, désormais, l’assassinat». Et on remet une pièce dans la machine de polarisation de la société américaine.
Des leçons à tirer du cas d’Amérique ?
En quoi cet épisode américain pourrait nous être utile ? La question est ancienne comme le monde. Celle de comment régler nos différends sans violence ? Et que faudrait-il faire pour ne jamais arriver à la même situation de violence politique ? Bien sûr, nous avons les garanties d’un pays stable.
Les services font le boulot. Maintenant, la question est celle de la durabilité pour arriver à une société qui s’autogère, sans avoir un besoin continu de surveillance et d’ordre imposé, directement ou «subtilement».
D’aucuns se poseraient la question de la pertinence de la comparaison entre les États-Unis d’Amérique et le Maroc. Bien que les pays soient très différents, le meurtre de Charlie Kirk est le résultat d’une rhétorique propagée par les réseaux sociaux, que nos jeunes et moins jeunes fréquentent assidûment.
Il ne s’agit pas de faire l’oiseau de mauvais augure, mais nous savons que, de nos jours, l’influence se fait davantage à travers les plateformes sociales numériques. Ces dernières se présentent en tant qu’espaces de dialogue, y compris chez nous.
Mais en l’absence de modération, le modèle repose toujours sur l’exploitation des émotions, en privilégiant les plus brutales d’entre elles. Nous savons que les mots accusateurs, comme honteux, corrompu, traître, sont les plus partagés.
Les algorithmes ne sont pas faits pour apaiser le débat, mais pour le «chauffer», l’indignation étant le meilleur carburant pour capter l’attention. Le résultat est un espace de dialogue dépourvu de nuance. Et dirigé vers une polarisation de la société, que nous ne voulons pas. La Culture est la Solution.
