Chronique
«Réarmement démographique», dit-il
En France, la démographie baisse, la population vieillit, le nombre de retraités augmente, celui des actifs qui doivent travailler pour payer la retraite des autres baisse. Quadrature du cercle qui ne tourne pas rond.
Notre autre pays ami vit une situation catastrophique. L’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF), comprenez le taux de fécondité moyen, s’établit à 1,68 enfant par femme en 2023. Il était de 1,87 en 2019. Cela veut dire que les Français n’arrivent plus à faire assez d’enfants pour maintenir ne serait-ce que le seuil de 2,1 enfants par femme, minimum reproductif pour le renouvellement des générations.
Un utérus citoyen est la solution
Du coup, le président français Emmanuel Macron appelle ardemment les Français à charger leurs munitions pour un «réarmement démographique» de la France.
Et ne croyez pas qu’il ne s’agit que d’économie. Il y va de l’identité de la France. «Pour que la France reste la France», assène le président en reprenant, à son compte, un slogan d’extrême droite, repris à son tour, après, par la droite dite républicaine et par Éric Zemmour qui agite le danger du «grand remplacement». Tout ce beau monde ne jure, à présent, que par ce devoir d’éjaculations citoyennes que doit exercer chaque Français qui aime sa patrie et qui veut la préserver d’une trop grande mixité nuisible à son identité et ses valeurs…
Les femmes ne sont pas en reste, leur utérus deviendrait un réceptacle d’abnégation nationale afin de préserver la famille et la patrie. Tout un travail. Macron exhorte les Français à faire des mioches au lieu de passer leur temps dans la bamboche. Il se fait des plans sur le gamète, quitte à créer un «numér’ovaire» gratuit pour régler les pannes au lit.
Fécondité versus migration, la quadrature du cercle
Ce qui ne se dit pas très clairement, même pas par une extrême droite de plus en plus décomplexée, c’est la peur que la France devienne arabe ou pire musulmane ou encore africaine. Ceux qui ont lu «Soumission» de Houellebecq se rappellent le scénario d’une France gouvernée, en 2022, par un président issu d’un parti politique musulman. À sa sortie en 2015, 120.000 exemplaires du livre ont été écoulés en cinq jours. C’est dire l’engouement pour le sujet et/ou la hantise que cela arrive vraiment.
Il reste une solution, celle que Macron n’évoque pas. Équilibrer la démographie avec le solde migratoire, en participant au règlement de la crise du même nom. Le monde agissant en vases communicants, la pauvreté, les guerres et le changement climatique poussent des populations entières à émigrer là où l’herbe pousse encore.
L’ex-chancelière allemande, à la tête d’un pays dont la démographie est aussi vieillissante, avait fini par accepter en 2015 et 2016, au pic de la crise des migrants, alimentée par la guerre en Syrie, plus de 1,2 million de réfugiés et demandeurs d’asile. Elle en a été récompensée par le prix Nansen du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Et «punie» aussitôt par les électeurs allemands. C’est ainsi la nature humaine, ou plus précisément le populisme, dicte aux gens un peu mieux lotis de haïr ceux qui le sont un peu moins, préservant ainsi ceux qui le sont vraiment. Même les États-Unis, pays dont la genèse est migratoire, votent de plus en plus à droite pour préserver «une identité américaine pure» !
Hamdoulillah, le Maroc n’a pas ces problèmes. Nos décideurs n’ont pas à demander aux Marocaines d’enfanter plus. Elles le font déjà. Le problème est plutôt celui de retenir nos jeunes, nos intelligences et nos forces vives chez nous. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, nous avons au moins cette consolation. Ils ont le développement, nous avons la natalité, en attendant.
La culture est la solution.
