SUIVEZ-NOUS

Chronique

Quand l’IA met la presse sous pression

Dans bien des médias de notre État, l’intelligence artificielle est aussi virtuelle que superficielle. Cela pourrait faire rire aux éclats Meta et les autres mutants de la Tech, si ce n’était dramatique au regard de l’ampleur du choc algorithmique qui se profile à l’oraison (funèbre).

Publié le

L’IA générative est en train de devenir une technologie disruptive dans le secteur de la presse et des médias.
Une situation appelée à se déployer à travers une dynamique irréversible, inversement proportionnelle à l’expansion du métaverse.

Cette déferlante risque bien de balayer sur son passage tous ceux qui refusent de se confronter aux réalités artificielles.
Ces partisans du «c’était mieux avant», qui pensent avoir déjà fourni assez d’effort en négociant à débit réduit le tournant de l’internet et du numérique, les voilà qui considèrent désormais que cette révolution, aux yeux du monde entier, n’aura finalement que peu de répercussions, tel l’effet d’un léger coup de vent porté par des tendances dans l’air du temps.
Et puis tant pis s’ils ont tort.

Car le jour où les rédactions qu’ils animent seront soufflées par le courant d’une concurrence qui aura su prendre les devants, eux seront bien loin, à l’abri des palmiers et des cocotiers en train de profiter d’une retraite aux allures de défaite.

Les journaux, les radios et les télés concernés ne seront plus à la fête, confrontés dès lors au même sort que d’anciens fleurons d’une industrie en manque d’inspiration, soudain aspirée dans les abysses de l’insuccès.
Qui se souvient aujourd’hui de Kodak qui manqua le tournant de la photographie numérique, au point de s’éteindre en un flash ?

Qui a encore en tête le célèbre BlackBerry emporté en un claquement de doigts par la révolution de l’écran tactile ?
Sans oublier, Blockbuster, le loueur de VHS, puis de DVD, qui n’a plus eu de raison d’exister avec l’apparition du streaming démocratisé par Netflix.

Demain, peut-être, on se souviendra ainsi de certains supports médiatiques sapés par la folie coupable de responsables sceptiques face à ces bouleversements technologiques.
Aujourd’hui déjà, bien des médias produisent du contenu grâce à l’IA.

Pour une poignée de dollars, ils gavent les pages de leur canard d’articles et de clichés puisés dans d’intarissables sources, avant d’être digérés puis vérifiés en bout de chaîne par l’intelligence humaine.
À l’instar de ce qui se passe dans d’autres secteurs d’activité, les professionnels des médias vont donc devoir délaisser certaines tâches, pour se diriger vers une démarche à plus forte valeur intellectuelle.

Sans quoi, leurs contrats de travail finiront à la poubelle, comme ce fut le cas chez l’éditeur allemand des journaux «Bild» et «Die Welt» qui décida de supprimer plusieurs postes ne servant qu’à produire du «desk». Le groupe préférant ainsi se concentrer sur la production de reportages originaux et de scoops exclusifs.

Et preuve s’il en est, qu’il n’y a pas photo en la matière.
D’après une estimation du blog spécialisé EveryPixel Journal, dès l’été dernier, l’IA avait généré autant d’images en un an que la photographie en un siècle et demi.

De là à ce que la présentation des JT soit elle aussi générée par l’IA, il n’y a qu’un pas.
D’ailleurs, deux candidates sérieuses sont déjà sur les rangs : Erica au Japon et Fedha au Koweït.

Alors, en attendant qu’elles prennent officiellement leurs fonctions et qu’elles fassent des émules dans le Royaume, je vais prendre un peu de recul pour me demander comment je pourrai, une fois cette fiction devenue réalité, les concurrencer à la même heure et au même endroit.