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Chronique

Petits pays, vraiment ?

La relation entre la Coupe du monde de football et la décolonisation est une histoire de conquête de légitimité par les pays émergents, faisant de cette compétition internationale une forme de lutte politique aussi. Et si le football était une des dernières batailles anticoloniales ?

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Depuis les années 60, le ballon rond a toujours servi de vecteur d’affirmation identitaire pour les nations fraîchement indépendantes face à une instance internationale (la FIFA) originellement eurocentrée.

L’affirmation identitaire et la fierté d’appartenance à un pays sont le propre de toutes les sélections.

Les nations se jaugent sur un terrain de football pour affirmer leurs ascendants tactique, stratégique et physique. Rien de nouveau, les Jeux olympiques n’ont-ils pas été créés pour remplacer la guerre par le sport, plus pacifique.

Le problème est celui de la persistance du paternalisme et d’une certaine condescendance de la part des «grandes» nations du football envers les «petits» pays.

Oui, je mets plein de guillemets, car il n’y a plus de petits pays et de grandes nations de football. C’est fini. Les permanences ridicules existent seulement dans la tête de quelques «néo» colons qui ne veulent pas guérir ou s’assumer.

Une lutte Nord-Sud
Dans les années 1950 et 1960, alors que les indépendances se multipliaient, la FIFA rechignait, déjà, à accorder une place significative aux États nouvellement indépendants.

Pour la Coupe du monde 1966 en Angleterre, la FIFA n’a attribué qu’une seule place qualificative pour trois continents réunis (Afrique, Asie et Océanie).

Refusant cette humiliation, les 15 nations africaines engagées ont décidé, alors, de boycotter massivement les éliminatoires. Un bras de fer qui a fini par forcer la FIFA à céder, dès l’édition 1970 au Mexique.

Une place directe et garantie est enfin accordée au continent africain. Pour la petite histoire, cette place a été décrochée par le Maroc. Depuis, le basculement politique a mené directement au passage de la Coupe du monde à 24 équipes en 1982, puis à 32 en 1998, pour arriver au format à 48 équipes en 2026.

Un format qui consacre la montée en puissance du Sud global, l’Afrique ayant aligné, en effet, pour ce Mondial 2026 un nombre historique de représentants.

Des relents du passé
Pourtant, en 2026 encore, il demeure des restes du colonialisme quand l’ancien international allemand Bastian Schweinsteiger, en évoquant l’équipe nationale de la Côte d’Ivoire, qualifie le football africain de «peu orthodoxe et sauvage».

Ou la sortie de Rudi Garcia, sélectionneur français des Diables Rouges, après le retournement de situation et la qualification de la Belgique pour les huitièmes de finale, face au Sénégal, qui déclarait: «On connaît ces équipes, elles perdent leur structure tactique vers la fin du match».

Une essentialisation, pour rester dans l’euphémisme, qui nous ferait remonter à la controverse de Valladolid. Seraient-ce des relents de l’ancienne saillie de Thierry Roland, célébrissime commentateur français de football qui qualifiait les joueurs des équipes africaines de «grands enfants parfois un peu indolents».

Ou qui, lorsque l’arbitre tunisien du quart de finale entre l’Angleterre et l’Argentine, en juin 1986, avait validé le fameux but marqué de la main par Diego Maradona, avait commenté : «Honnêtement, ne croyez-vous pas qu’il y a autre chose qu’un arbitre tunisien pour arbitrer un match de cette importance».

Tout en aggravant son cas, après match, en avançant une «justification» tout aussi minable : «Je ne suis pas raciste, je n’ai rien contre les Tunisiens. D’ailleurs, ma femme de ménage est tunisienne». Que du beau !

Clausewitz disait : «La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens». Citation que Michel Foucault avait inversée : «La politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens» et que nous pourrions paraphraser : le football est la continuation de l’anticolonialisme par d’autres moyens.

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