Chronique
Passage à l’âge adulte
L’évolution des sociétés, tout comme celle des individus, passe par des phases et des rites de passage entre une séquence et une autre. Chaque phase étant caractérisée par une avancée vers plus de maturité ou par un retour en arrière, car c’est aussi possible. Essayons de repérer quelle phase serions-nous en train de traverser.
Walt Whitman Rostow, économiste américain mort en 2003, a défini cinq étapes pour le décollage économique des nations : la société traditionnelle, l’accumulation des conditions préalables au décollage (take-off), le décollage, la marche vers la maturité et l’âge de la consommation de masse.
Les cinq étapes du développement
La société traditionnelle correspond aux «pays les moins avancés», avec une nation immobile et hiérarchisée dans laquelle la terre est la seule source de richesse avec des perspectives de changement nulles.
La phase des conditions préalables au décollage correspond aux «pays en développement». Ces conditions permettent aux sociétés de passer de l’immobilisme au mouvement en améliorant la productivité grâce à la diffusion du progrès technique.
Le décollage constitue une phase essentielle, bien que de courte durée, au cours de laquelle émerge l’industrie de transformation. Le processus de la croissance devient cumulatif et s’auto-entretient.
De nouvelles industries se substituent aux anciennes et l’investissement augmente, de sorte que la production des richesses conserve une avance sur l’accroissement de la population. Ce qui permet une élévation du niveau de vie.
L’étape ultime, toujours selon W. W. Rostow, est celle de la satisfaction des besoins essentiels et de la consommation de masse.
Année zéro du décollage économique
Rostow donne même un chiffre. «La maturité des sociétés apparaît une soixantaine d’années après le décollage».
Je ne sais pas à quelle année «zéro» devrions-nous faire correspondre notre décollage à nous, afin de deviner l’année où, selon sa théorie, nous devrions atteindre l’âge mûr !
Mon hypothèse de départ est celle que nous aurions peut-être mélangé les phases en atteignant l’âge ultime de la consommation de masse avant de finir les autres phases. Ne disons-nous pas entre nous : «Du dos d’âne à l’avion» ! Ou alors que notre pays serait-il en train de contredire Rostow en inventant une autre théorie du développement, propre à nous.
Et que l’âge mûr ne soit pas une finalité en soi. Car comme disait Pierre Desproges : «L’âge mûr c’est la période de la vie qui précède l’âge pourri.»
Serions-nous encore dans le bel âge de l’adolescence, ou alors de son synonyme en langage familier, «l’âge bête» ? Pour l’Unicef, les adolescents grandissent dans un monde en pleine mutation.
La technologie, les migrations, le changement climatique et les conflits transforment la société, obligeant les individus du monde entier à s’adapter à des changements inattendus dans leur vie et leur travail.
Pour suivre le rythme, les adolescents doivent être capables de saisir les opportunités et de relever les défis. Il en est de même pour les nations.
Dans toutes les configurations, il s’agit d’un passage obligatoire pour tout être humain (ou société). Le tout est d’en sortir. Car quand on n’en sort pas, au sens propre comme au sens figuré, on s’en sort pas non plus.
L’adolescence est cette phase de maturation, une période transitoire marquée par le développement humain, physique et psychologique entre l’enfance et l’âge adulte. Sa finalité culturelle est de se préparer à assumer son rôle d’adulte.
Du point de vue de la personnalité, l’adolescence est caractérisée par de profondes modifications psychiques (ou/et culturelles), allant de la phase d’opposition à la phase d’indépendance, en passant par la phase d’affirmation de soi.
Nous avons réalisé un peu de chaque phase, sans en compléter vraiment aucune. Et c’est pour aller au bout de chacune des phases que la Culture demeure la Solution.
