Chronique
Optimistes, désespérément !
Notre attachement à notre pays n’est pas la conséquence du seul fait que nous y sommes nés. Le Maroc est un pays merveilleux. Nous y trouvons des satisfactions qui nous manquent quand nous nous en éloignons ou le comparons avec d’autres pays, y compris les plus développés d’entre eux.
Un instinct d’appartenance qui nous lie à ce pays existe bel et bien. Appelons ce sentiment comme on veut : convivialité, complicité, proximité, chaleur, hospitalité… Dans tous les cas, il est là, présent, palpable.
Et pourtant, la teneur de la plupart de nos conversations dans les taxis, les cafés, en famille, au travail, entre amis… est souvent empreinte de critiques. Quand on nous demande notre avis sur notre pays, la réponse est ou faussement et visiblement trop enthousiaste ou bien, souvent, négative.
Positifs, quoi qu’il arrive
Alors, pourquoi ne sommes-nous pas heureux dans notre pays ? De quoi manque-t-on ? Ne voyez pas dans cette question que la dose du cynisme qu’elle contient. Car malgré tout, il y a du cynisme. Mais il y a aussi une envie de ne plus être (que) négatifs et de sortir de cette spirale de critique permanente.
Nous voudrions devenir positifs, ne serait-ce que par stratégie d’action. Car l’on n’agit jamais par pessimisme mais par espoir de vivre une vie meilleure. Le pessimisme est de pensée, l’optimisme est d’action. De sa prison, Antonio Gramsci écrivait à son frère Carlo : «Je suis pessimiste avec l’intelligence, mais optimiste par la volonté».
Cercle vertueux
Demandons donc à nos intellectuels d’être pessimistes dans la réflexion, l’évaluation et le constat de l’existant. C’est beaucoup plus constructif que la «simple» courtisanerie. De l’autre côté, espérons que nos décideurs soient habités par l’optimisme de l’action. Ne serait-ce que par peur de l’évaluation pessimiste des premiers. Ce serait, peut-être, le début d’un cercle vertueux. Quant au pessimisme sans pensée, il ne sert qu’à fournir les arguments de ne rien faire. Alors qu’est-ce qui pourrait nous rendre fiers du plus beau pays du Monde ? Son agriculture, sa démocratie, son industrie, sa gouvernance, ses services publics, le soin qu’il prend à traiter sa jeunesse, à respecter ses minorités, son intelligence économique, son soft power, ses ingénieurs, ses médecins, son patrimoine, ses créations artistiques, ses artistes, son cinéma, son théâtre, ses arts visuels… Prière de cocher les cases correspondantes.
Ce bonheur qu’on cherche est comme la température, il y a celle indiquée par le thermomètre et celle qu’on appelle température «ressentie». Le thermomètre du bonheur place le Maroc à la 100e place sur 109 dans le Rapport mondial sur le bonheur établi en 2023. Le bonheur «ressenti», c’est à nous de le fabriquer, entre nous, avec la recette indiquée plus haut : pessimisme de pensée et optimisme d’action. Mais pour ce faire, l’ingrédient de base est celui d’aimer ce pays en se faisant aider par des décideurs qui nous le font aimer en accomplissant leur travail.
Qui aime bien châtie bien
Il ne s’agit pas d’auto-satisfaction subjective, forcément «fake», mais de destin commun partagé, de respect de l’intérêt général et d’amour pour les gens. Car le bonheur ne se mesure pas que subjectivement, il lui faut des données objectives. Et surtout, il ne peut pas se décréter par des déclarations ou campagnes de communication institutionnelle.
Dans cet exercice d’optimisme général, il faudrait que les institutions apprennent à aimer ceux qu’elles servent, même ceux qui les critiquent. Car critiquer ne veut pas dire ne pas aimer. Peut-être même que c’est l’inverse. Que ceux qui prennent les risques de la critique ne soient pas taxés de nihilistes ! Mais des pragmatiques de l’action dont l’optimisme pousse à ne jamais se résigner, par pessimisme. La Culture est la solution.
