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Chronique

«Monsieur Le Bicornu» ou «l’intelligence artificieuse»

À l’heure de l’IA, l’«intelligence artificieuse» de M. Le Bicornu se dresse contre les valeurs démocratiques grâce auxquelles ce dernier a été lui-même porté naguère au sommet du gouvernement.

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Paix à la belle âme de feu Moulay Abdellah Ibrahim qui refusa mordicus d’empocher la faramineuse pension que lui alloua feu Hassan II ! «Ma pension de retraité de l’enseignement me suffit amplement», dit-il à l’émissaire du défunt Roi.

Celui qui instaura le dirham marocain comme monnaie officielle et fonda Bank Al-Maghrib, la Caisse de dépôt et de gestion, la BMCE, la Samir, la CNSS et la Somaca était pétri de dignité et de pudeur. Tout comme son prédécesseur, l’ancien président du conseil Si Mbarek Bekkaï, ou encore feu Me Abderrahmane El Youssoufi.

Ce ne sera nullement le cas de Monsieur «Le Bicornu» (ذو الـقَـرْنَـيْـن), appelé également le «bi-pensionné» (ذُو المَـعَـاشَـيْـن) pour avoir, toute honte bue, demandé et obtenu deux pensions mensuelles bien grasses dont l’une atteint les 70.000 dirhams !

En vérité, M. Le Bicornu mérite amplement son sobriquet. Ses deux copieuses pensions s’apparentent à deux cornes particulièrement redoutables. Depuis qu’il les a engrangées, il ne cesse d’encorner à satiété tout ce que le pays compte en forces vives et en institutions.

«La complainte à Dieu» rédigée par le professeur et actuel ministre des Habous et des Affaires islamiques, M. Ahmed Toufiq, et adressée «pour information» au diarrhéique verbeux qu’est M. Le Bicornu est non seulement un cours magistral d’islamologie, mais également un authentique morceau d’anthologie en matière de droit constitutionnel marocain.

Il faut dire que M. Le Bicornu est un biscornu patenté. Sa malheureuse sortie lors d’un récent rassemblement contre l’écrivain et l’éminent professeur lui a donc valu une raclée qu’il n’oubliera pas de sitôt. Diarrhéique verbeux parce que dépité, M. Le Bicornu est devenu, l’oisiveté aidant, encore plus belliqueux contre les institutions, les serviteurs de l’État, les médias, les nations amies, l’Occident, le monde arabe, etc. Il ne ménage de sa psychopathie d’agressivité que l’Iran et ses proxys. Il lui arrive même d’adresser des messages bienveillants à l’Algérie des troufions.

Parce que l’actuel chef de gouvernement, qui a été élevé par lui au grade d’ennemi intime, et même certains collaborateurs du Souverain auxquels il ne cesse de manquer de respect ont choisi de lui opposer une souveraine indifférence, le piètre gourou islamo-rigoriste s’est cru autorisé à faire de même avec un éminent serviteur de l’islam tolérant et de la Commanderie des croyants.

En affirmant que les Marocains vivent bel et bien sous un système de sécularisme de fait, ce qui correspond à la réalité tangible de notre société, le Pr Ahmed Toufiq devint aussitôt la cible de la logomachie outrancière de celui qui continue à se référer à Ibn Taymiya et autre Saïd Qotb. En vérité, l’islamo-démagogue n’a jamais élu la cohérence pour mode de raisonnement. Ni a fortiori la pudeur.

Il aurait choisi une carrière de saltimbanque de rue, on aurait sûrement toléré ses fanfaronnades. Hélas, même dans ce registre, il succomberait vite à ses compulsions verbeuses faites de malapropisme, d’agressivité gratuite et d’archaïsmes doctrinaires.

Parce que tout bouge autour lui, il tire sur tout ce qui bouge. Blindé d’une «ignorance sacrée» en toutes circonstances, alors que son passage à la primature pouvait l’édifier sur la texture doctrinaire de notre vertueuse monarchie, M. Le Bicornu semble n’avoir rien compris au concept symbiotique de la Commanderie des croyants.

Aura-t-il été à ce point sourd au magistral discours royal prononcé le 30 mars 2019 face à Sa Sainteté le Pape François venu en visite officielle au Maroc? «L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent. Cette symbiose est notre réalité. (…) Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons Garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, Je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et Je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc», avait proclamé le Souverain.

N’était-ce pas là une définition solennelle du sécularisme tel qu’encadré par la Commanderie des croyants, de tous les croyants ? Un sécularisme qui a abandonné les pratiques barbares consistant à couper les mains du voleur, lapider et fouetter la femme et l’homme adultères ou asséner la mort pour apostasie.

Un sécularisme qui décrète que «Chacun a une orientation vers laquelle il se tourne» (La Vache, 148).
M. Le Bicornu, lui, se dresse contre toute avancée modernitaire. Il exècre les relations consenties entre femmes et hommes, fussent-elles bien intentionnées.

Il est pour le mariage des mineurs. Bref, viscéralement et cérébralement, à l’heure de l’intelligence artificielle, l’«intelligence artificieuse» de M. Le Bicornu se dresse contre les valeurs démocratiques grâce auxquelles ce dernier a été lui-même porté naguère au sommet du gouvernement.

Aussi n’est-il point étonnant que le Royaume ait inauguré une fastueuse et inédite ère de libération des énergies aussitôt que le peuple eût le réflexe salvateur – louangeons-en Le Tout-Puissant ! – de se débarrasser de M. Le Bicornu et ses affidés.

De combats d’arrière-garde en envolées antisémites, de delirium salafo-fachistes en diffamantes galéjades, M. Le Bicornu ne s’accommode plus qu’avec le mépris des fondements du vivre-ensemble tels qu’expressément consignés dans la Constitution du Royaume.

À l’instar de ceux qu’évoque Michel Audiard dans le film culte «Les tontons flingueurs», M. Le Bicornu ose tout, et c’est bien à cela qu’on reconnaît ses semblables ! Il est vrai que l’idiotie est souvent bien plus redoutable que la méchanceté. Cet homme est dangereux, vous dis-je.
Et cela n’engage que mon humble personne !