Chronique
Maroc-Iran : Notre paisible islam et leur secte morbide
La Perse, qui avait jadis illuminé la pensée musulmane et permis à l’islam de se projeter hors de la presqu’île arabique, s’est transformée en un énorme ogre d’obscurité.
Dans ma chronique de la semaine écoulée, j’ai décrit comment et à quel point le Moyen-Orient avait altéré notre vision originelle du monde, du cosmos, du Créateur et de l’Homme. Mais les altérations les plus handicapantes ont été fomentées par le régime des mollahs d’Iran.
La guerre que livre l’Iran depuis 1979 à l’ensemble de notre aire musulmane est sans répit. Elle était culturelle, religieuse, civilisationnelle, terroriste, militaire. Elle est aujourd’hui également économique via la périlleuse navigabilité du détroit d’Ormuz.
Avant l’avènement de ce régime castrateur, nous avions la Chahada décontractée, la prière gaie, l’aumône légale avenante, le Ramadan joyeux et le pèlerinage festif. Nous priions bras et épaules relâchés en toute discrétion.
En paix. Après l’irruption de l’hégémonisme des turbans noirs, l’islam politique a conquis les esprits et les mosquées. Très vite proclamée par Khomeini, la satanisation de l’Occident s’est emparée des «moustad’afoun» (déshérités) des aires arabes et musulmanes. Ils y ont vu leur revanche après deux bons siècles d’humiliations diverses et variées.
La Perse, qui avait jadis illuminé la pensée musulmane et permis à l’islam de se projeter hors de la presqu’île arabique, s’est transformée en un énorme ogre d’obscurité.
Nous sommes bien loin de l’islam des lumières naguère animé par les Jalāl ad-Dīn Rûmî, Ibn Sina (Avicenne), Shams-ed Dine Tabrīzī, Miskawayh, Omar Al Khayyam, Abou Hamid Al Ghazzali, Ar-Razi (Rhazès), Al Burini, Jaber Ibn Hayyane et des centaines d’autres penseurs, savants et philosophes.
Hélas, la Perse s’est monstrifiée sous l’infernal magistère des mollahs. On y a sacralisé la mort appelée «guerre contre les impies». Plus que jamais, les relents nostalgiques et martyrologiques de la mort sont célébrés, parfois dans le sang.
Extrêmement copieux, le calendrier martyrologique des mollahs a convoqué les vieilles haines : L’Arba’yn commémore, le 20 du mois de Safar, la fin de la période de deuil de 40 jours suivant la décapitation d’Hussein à Karbalâ’. La Mubâhala célèbre la rencontre entre les «gens de la maison [du Prophète]» (Ahl Al-Bayt) et les chrétiens du Najran.
Al-Mubahila se tient le 24 du mois Dou Al-Hijja. Aïd al-Ghadir est la commémoration du dernier sermon de Mahomet, dans lequel il aurait désigné selon eux, pour la dernière fois, Ali comme son successeur. La fête a lieu le 18 du mois de Dou Al-Hijja. La naissance d’Ali ibn Abi Talib, considéré comme le premier imam chiite, est célébrée le 13 Rajab. Son assassinat est célébré le 21 Ramadan. Quant au Mahdi, dernier imam dans le chiisme duodécimain, on en célèbre toujours la naissance le 15 Chaâbane.
À elles seules, ces commémorations disent la charge belliqueuse de ce chiisme qui prétend toujours au pouvoir successoral, près de quinze siècles après la mort du Prophète ! L’arsenal de hadiths apocryphes faisant dire au Prophète qu’Ali était son authentique et méritant successeur est impressionnant.
Jugez-en : «Je jure par celui qui contrôle ma vie que cet homme (Ali) et ses Chiites seront sauvés le Jour de la Résurrection.» ; «Je suis la cité du savoir, Ali en est la porte. Celui qui veut le savoir ainsi que la sagesse, qu’il passe donc par la porte» ; «Celui dont je suis l’allié-le maître (mawla), Ali est aussi l’allié-le maître. Mon Dieu, sois l’ami de celui qui s’allie à lui et sois l’ennemi de celui qui le prend comme ennemi.»
Ainsi, Omar Ibn Al Khattab, Aïcha, l’épouse du Prophète, et le reste des Califes Bien-guidés sont toujours honnis et constituent la cible de choix des enturbannés de Qom. Malgré les éléments tangibles que je viens d’exposer, et malgré l’alliance stratégique scellée entre l’Iran et le Polisario, il se trouve parmi nous des «extrapatriotes», décidément hors sol, qui s’étonnent que le Maroc se solidarise avec les pays du Golfe qu’attaque frontalement l’Iran.
Ainsi en est-il de Nabila Mounib qui se demande benoîtement «pourquoi le Maroc n’a pas pu “convaincre” (sic) l’Iran de retirer sa reconnaissance du Polisario», en s’étonnant de la solidarité de notre pays avec les pays agressés par Téhéran. Bien entendu, la brigade des voyous du web qui a vendu son âme à nos ennemis a accéléré la cadence en faveur des mollahs.
Les soudards du clavier, dont la haine de soi tient lieu de source d’inspiration, rêvent d’un détroit de Gibraltar aussi inflammable que celui d’Ormuz. Après avoir entendu «fatwaser» Benkirane et vociférer Al Adl wal Ihsane sur Nasser Bourita, je fus plutôt rassuré quant à la pertinence des vues marocaines sur la guerre triangulaire du Golfe.
Comment oser demander la neutralité du Maroc alors que ses alliés du Golfe subissent aujourd’hui les foudres de Téhéran, sachant qu’ils n’ont jamais attaqué l’Iran ? Comment, dans ces conditions, le Royaume s’astreindrait-il à ne pas stigmatiser l’hégémonisme iranien alors qu’il fut le premier à excommunier Khomeini lui-même quasi ferendæ sententiæ au moyen d’une retentissante fatwa prononcée par le Conseil supérieur des oulémas, à l’initiative de feu Hassan II ?
Alors que l’Iran vient d’envoyer plus de 5.000 missiles et drones sur les territoires des pays du Golfe, sans compter la Jordanie, l’Irak, etc., dont près de 2.000 à ce jour contre les seuls Émirats arabes unis !
En vérité, si le vieux peuple iranien mérite le respect pour ses qualités intrinsèques reconnues – je tiens le cinéma iranien pour l’un des plus créatifs du monde –, l’exécrable facho-théocratie qui sévit à Téhéran, et qui a fait de la mort son emblème, constitue l’ennemi organique de notre islam ô combien attaché à la vie et à la paix de tous. Rien ne peut unir cet islam paisible avec une si morbide et sordide secte ! Absolument rien !
