Chronique
Macron et le Maroc : «Et maintenant que vais-je faire ?»
La France macronienne cessera-t-elle de danser autour du pommier quant à la normalisation définitive de ses rapports avec le Maroc ?
Pourtant, son ministre des Affaires étrangères vient d’affirmer à Rabat que Paris «sait que la question du Sahara est existentielle pour le Maroc». D’autant que, quarante-huit heures plus tard, le président français a reçu les lettres de créance de Samira Sitail, notre ex-consœur fraîchement nommée ambassadrice du Royaume en France.
En vérité, la diplomatie française revient de bien loin après ses hasardeuses pérégrinations sahéliennes sous la dictée de la Clique d’Alger. Chassée de son ex-chasse gardée africaine, la France de Macron s’était tournée vers la camarilla d’Alger pour la sous-traitance de ce qui lui restait d’intérêts – essentiellement miniers – en Afrique sahélienne et subsaharienne. Parallèlement à ce choix frappé du sceau de la stupidité, l’Élysée et le Quai d’Orsay s’employèrent avec un inégalable zèle à diaboliser le Maroc au sein du Parlement européen au chapitre des droits humains, tout en l’accusant d’espionnage au Pegasus. Durant plus de trois ans, aucune bassesse diplomatique n’a été épargnée au Royaume qu’on a longtemps qualifié d’«allié fidèle» et de «partenaire sérieux». Au point que la quasi-totalité de l’arc politique français – de la droite républicaine à l’extrême gauche – s’était agacée d’une animosité aussi obsessionnelle à l’encontre du Royaume chérifien.
En dépit des gestes d’apaisement consentis de part et d’autre, la blessure narcissique administrée ainsi au plus haut niveau par la France au Maroc sera-t-elle pour autant vite oubliée ? «La monarchie marocaine a le temps pour elle ; elle en a vu d’autres, y compris sous de Gaulle ou Mitterrand, sans compter le ridicule épisode de l’arrestation ratée de Hammouchi sous Hollande», me confiait, il y a quelques mois, un ancien Premier ministre français.
«Et maintenant que vais-je faire ?», semble s’interroger l’hôte de l’Élysée qui semble collectionner les désaveux diplomatiques et géostratégiques en Afrique, au Maghreb, au Machrek et même en Europe. On n’oubliera pas de sitôt son pathétique ultimatum aux Libanais qui fit pschitt aussitôt lancé, comme l’humiliante tenue à distance – au sens propre comme au sens figuré – qui lui fut assénée par Poutine. À vrai dire, Emmanuel Macron souffre de ce travers originel propre aux traders des bourses : il confond l’annonce et l’action ; il croit à la chose dite, moins à la chose faite. «Il est dans le déni du réel», écrit Franz Olivier Giesbert. Il l’est d’autant plus qu’il croit dur comme fer – on en a eu une édifiante démonstration au Salon de l’agriculture de Paris – que, face à sa «supérieure intelligence», il ne saurait exister que crédulité sinon naïveté. «La politique qui consiste à imaginer que l’adversaire est idiot n’a jamais conduit à rien», écrivit naguère André Maurois. Maintenant qu’il a fini par comprendre que l’affaire saharienne était «existentielle» pour le Maroc, la réponse à sa présumée question «Et maintenant que vais-je faire ?» est d’une simplicité biblique : «reconnaître au Maroc son inaliénable droit au parachèvement de son intégrité territoriale, à commencer par ses provinces sahariennes». Les USA l’ont fait et cela n’a nullement altéré les relations américano-algériennes, si c’est la crainte de la colère des «houkkistes» qui l’inquiète. D’ailleurs, l’Algérie a-t-elle rompu ses relations diplomatiques avec l’ensemble des 32 pays qui ont ouvert des consulats à Laâyoune et à Dakhla ?
Et puis que cessent les ridicules stratagèmes et les blessantes entourloupes tous azimuts contre la réputation et les intérêts supérieurs du Maroc ! Ne suffirait-il donc pas aux lobbies anti-marocains de Paris que le Maroc contribue avec ses propres forces et de ses propres deniers à la défense de l’Europe contre le crime organisé, les mafias de toutes sortes, l’immigration clandestine et le terrorisme islamo-jihadiste ? Ne leur suffirait-il pas son engagement acharné à promouvoir les droits humains, à commencer par ceux qui se rapportent à la condition sociale ou ceux qui échoient à la femme ? D’ailleurs, en France même, neuf consulats généraux sur dix-sept sont dirigés par des femmes, tout comme l’ambassade marocaine elle-même. Ne suffirait-il pas non plus aux lobbies anti-marocains de France le fait tangible que, contrairement à l’Algérie des généraux-midinettes, l’enseignement du français n’ait jamais connu la moindre entrave institutionnelle ou populaire, en dépit des belliqueuses velléités d’éradication manifestées par les franges conservatrices du Royaume ?
Pour faire court, mon propos ici n’est pas celui de raviver les rancunes à l’heure où le Maroc et la France semblent décidés à dégeler leurs rapports. Je ne puis le faire quand bien même le voudrais-je, puisque Franco-Marocain je suis et le resterai durant ce qui me reste à vivre. Ce qui m’anime, en vérité, n’est autre que mon attachement à une meilleure sincérité des relations entre mon pays d’extraction et celui de mon accueil. C’est le sens premier que je donne, à l’instar de centaines de milliers de mes «double-compatriotes» à mon bi-destin, à ma double appartenance. Aussi, je le dis franchement et honnêtement, l’infantilisation du Maroc et le manque de respect à ses institutions depuis quelques années doivent-ils cesser et être à jamais prohibés.
Tel est le prix de la réconciliation franche et sincère que tous les Marocains, et a fortiori les binationaux, appellent de leurs vœux. L’Espagne l’a bien compris, pourquoi pas la France ? Et puisque le chef de la diplomatie hexagonale admet qu’il y a urgence à «avancer», alors que son pays «avance» !
