Chronique
L’IA, une menace pour la paix d’après l’ONU
Le sujet a fait l’objet d’une réunion à part entière au Conseil de sécurité, à l’initiative des États-Unis qui le président, et en présence du secrétaire général de l’ONU en personne.
C’est dire si le dossier est de la première importance pour la communauté internationale, au même titre que les conflits qui continuent d’agiter la planète en cette fin d’année, en Europe, en Afrique ou au Proche-Orient.
À l’ordre du jour de cette rencontre entre les membres de l’instance onusienne chargée de veiller sur la paix dans le monde figuraient les enjeux géopolitiques liés au développement à la vitesse «grand V» des intelligences artificielles génératives.
Un thème épineux qui a même donné lieu à une intervention d’une dizaine de minutes d’Antonio Guterres.
L’air grave et le ton solennel, il s’est directement adressé aux ministres et ambassadeurs présents dans l’assistance, en les avertissant sans ménagement : «Chaque moment de retard dans l’établissement de garde-fous internationaux augmente le risque pour nous tous», a-t-il lancé devant un public médusé.
Il a ensuite ciblé les États, assez bien identifiés pour ne pas avoir à les citer, qui recourent à l’IA pour renforcer la létalité de leur arsenal de guerre. «Aucun pays ne devrait concevoir, développer, déployer ou utiliser des applications militaires de l’IA dans les conflits armés qui violent le droit international humanitaire et les droits de l’Homme». Et ce n’est pas la première mise en garde prononcée en ce sens par le patron de l’Organisation des Nations unies.
À ce titre d’ailleurs, une résolution, portant sur la GenAI dans le secteur militaire, devrait être examinée par l’Assemblée générale de l’ONU dans les prochains jours.
«Des défis mondiaux sans précédent appellent à une coopération mondiale sans précédent», a-t-il poursuivi pour évoquer un autre aspect non moins préoccupant, celui des «deepfakes et la désinformation générée par l’IA {qui} peuvent manipuler l’opinion publique, déclencher des crises et éroder la confiance dans les sociétés.»
Guterres a également attiré l’attention de ses interlocuteurs sur les risques environnementaux, en pointant du doigt les besoins considérables en énergies des data centers et la concurrence mondiale autour des ressources naturelles nécessaires au déploiement de cette technologie.
Face à ce constat, le secrétaire général de l’ONU s’est fendu d’une cinglante conclusion : «Le sort de l’humanité ne doit jamais être laissé à la ‘boîte noire’ d’un algorithme».
Une préoccupation partagée par le Maroc, dont le rôle en la matière a été vivement salué, lors de cette même réunion par le secrétaire d’État américain.
Antony Blinken a rappelé le lancement par Rabat et Washington du Groupe des Amis de l’ONU sur l’intelligence artificielle pour promouvoir et coordonner les efforts sur la coopération numérique.
Une initiative qui fait suite à l’adoption par les Nations unies de la première résolution sur l’IA co-facilitée par le Royaume et les USA. Et l’engagement marocain ne s’arrêtera pas en si bon chemin, d’autant plus que d’après un rapport publié par l’Agence française de développement en novembre dernier, notre pays est classé première destination africaine sur le plan des investissements dans le domaine de l’intelligence artificielle.
De quoi ouvrir la voie à de nombreux projets qui se noueront, il faut le croire, dans le respect de l’éthique appelée intensément de ses vœux par Antonio Guterres, telle une bonne résolution en prévision de la nouvelle année qui s’annonce.
