Chronique
L’IA source d’info malgré les défauts
L’enquête de Reuters révèle un profond scepticisme sur l’utilisation de l’IA dans le domaine de l’information.
La relation du public à l’information a été largement secouée par l’émergence de nouvelles technologies et le développement du digital. Un séisme alimenté par de nombreuses répliques d’une ampleur majeure avec l’avènement de la GenAI.
Désormais, lorsqu’il s’agit de prendre des nouvelles de l’état du monde, le commun des mortels se tourne sans rechigner vers les agents conversationnels, tels que ChatGPT.
Ces outils sont devenus au cours de ces dernières années de nouvelles sources d’informations.
Un nouvel usage mis en relief dans le dernier rapport annuel de Reuters Institute pour l’étude du journalisme.
Certes, pour l’heure, seuls 7% des personnes interrogées adoptent un tel usage au moins une fois par semaine.
Mais la proportion est bien plus élevée chez les jeunes de moins de 25 ans (15%), ce qui laisse augurer d’une pratique qui aura tendance à se généraliser dans les prochains mois.
D’après l’étude menée par cet établissement rattaché à l’université britannique d’Oxford, c’est la plateforme d’Open AI qui arrive en tête, suivie de Gemini (Google) et Llama (Meta), parmi les 97.000 personnes interrogées dans 48 pays.
L’intérêt porté à l’intelligence artificielle par les lecteurs, les auditeurs ou les téléspectateurs provient notamment de la capacité à personnaliser la matière médiatique.
Certains, sans doute les plus pressés (27% des sondés), ont recours à l’IA générative pour résumer des articles. C’est d’ailleurs l’une des fonctions les plus prisées.
D’autres, en grande partie issus de pays européens à langue unique (24% des sondés), manifestent une appétence particulière pour la qualité des traductions instantanées.
De quoi avoir accès à d’autres sources hors de leurs frontières. Pendant que les populations des États où le taux d’alphabétisation et la maîtrise de la lecture sont faibles exploitent la capacité de l’IA à adapter les textes d’information à différents niveaux de lecture.
Une manière de contourner les difficultés de compréhension et de rendre l’information plus abordable.
À cela s’ajoutent d’autres usages comme le fait de solliciter des recommandations (21%) ou de poser des questions sur l’actualité (18%).
Quant au Royaume, il ne fait pas exception à cette tendance de fond.
Près de quatre Marocains interrogés sur cinq obtiennent désormais leurs informations en ligne, principalement via les médias sociaux et les applications de messagerie.
YouTube et Facebook sont les réseaux les plus utilisés pour se tenir au courant (49% et 47% respectivement).
Ils sont suivis par Instagram (32%) et TikTok (24%).
Par ailleurs, les groupes WhatsApp (30%) font un tabac, tout comme Telegram qui gagne également du terrain dans notre pays.
Autant de pratiques qui soulèvent cependant de nombreuses interrogations parmi les utilisateurs.
Plus de la moitié de l’échantillon marocain interrogé (54%) craint de ne plus pouvoir différencier le vrai du faux sur Internet.
Une préoccupation partagée à travers la planète.
L’étude de Reuters Institute révèle en effet un profond scepticisme sur l’utilisation de l’IA dans le domaine de l’information.
Une bonne partie des personnes interrogées préfère que les humains continuent à jouer un rôle en la matière.
De quoi rassurer, partiellement cependant, des médias traditionnels qui continuent à perdre du terrain face aux réseaux sociaux ou aux plateformes vidéo.
Une dynamique qui pourrait s’inverser à travers la production de plus de contenus audiovisuels et l’intégration substantielle de l’IA. Qu’ils le veuillent ou non, les journaux, les télés et les radios doivent se mettre à la page.
