Chronique
L’État dans tous ses états et l’exception marocaine
le Royaume s’est investi depuis très longtemps dans l’édification d’un État moderne, avant de s’atteler à la construction d’un État de droit réunissant l’ensemble des attributs (constitutionnels, institutionnels et autres), d’un tel dessein.
Penseurs politiques, publicistes, constitutionnalistes, politologues et autres stratèges géopolitiques se perdent en conjectures jusque sur le sens que doit avoir un État «normalement constitué» de nos jours. Exit alors Nicolas Machiavel et son «État transcendant les allées et venues des gouvernements», Abou-Hamid Al-Ghazzali et son «État nécessaire et vertueux», Léon Duguit et son «État de service», Maurice Hauriou et son «État de puissance», Pierre Bourdieu et sa «magie d’État», Max Weber et son «monopole légitime de la violence de l’État» ?
La grande majorité des peuples vivant sous les drapeaux des 195 pays membres de l’ONU peinent, en ces temps de tourmente universelle, à trouver sens à leur coexistence au sein même des États qui les dirigent, tant la raison d’être, le rôle et même les paradigmes fondamentaux de l’État ayant prévalu jusqu’à une date récente ont été bouleversés par cette espèce de «fin de l’Histoire» qui ne dit pas son nom et qui ne cesse de submerger la planète.
Que peuvent, en effet, aujourd’hui les États contre un méga-capharnaüm universel infesté de dérèglements climatiques, de guerres dévastatrices, sanglantes ou hybrides, de famines, de flux migratoires, de pandémies ou de fièvres national-populistes, sans compter le retour des putschs militaires et des conflits d’essence ou de substance tribales ? Partout dans notre monde, souvent «pour un oui ou un non», les assauts contre l’État se suivent même s’ils ne se ressemblent pas.
Le pire est qu’aucun pays n’est épargné par les différents modes d’assauts contre l’État, tel que celui-ci était admis par l’entendement universel depuis la Seconde Guerre mondiale. Pas même le plus puissant d’entre eux que l’Histoire ait jamais connu, à savoir les États-Unis d’Amérique, dont le symbole le plus emblématique, le Capitole, a été violé et dévasté par des milliers d’émeutiers le 6 janvier 2021. Sans prendre la même forme, ce type d’assauts a allègrement prospéré en Asie, en Amérique latine et en Afrique. Il est même des assauts contre l’État qui ont emprunté le mode démocratique, comme ce fut le cas en Israël où le funeste Netanyahou conduit une «junte» national-fasciste composée, entre autres, de repris de justice et de malfrats patentés. Un modus operandi qui rappelle la tragique usurpation du pouvoir via les urnes par un certain Hitler le 30 janvier 1933 ! Dès son arrivée au pouvoir, la «junte» conduite par le Likoud, s’est frontalement attaquée à la Cour suprême qui constitue le socle même de l’État d’Israël et l’outil central de sa pérennité !
Ainsi, la quasi-totalité des qualificatifs vertueux de l’État (État de droit, État-nation, État-providence, etc.) semblent se volatiliser les uns après les autres pour faire place à des «États voyous» qui ne s’embarrassent d’aucune ligne rouge, des «États mercenaires» exécutant les sales besognes pour le compte de différentes mafias, des «États-appendices» au service de lobbies énergivores et/ou militaro-industriels, des «États prédateurs» à l’algérienne, des «États fantoches» servant des agendas géostratégiques de puissances régionales, des «États déchiquetés» à la syrienne, des «États dévitalisés» à la libanaise, etc.
Et puis, on assiste au cœur même de l’espace européen, berceau de la démocratie s’il en est, à des formes inédites de délitement de l’État. Ainsi, ne cesse-t-on d’évoquer, depuis quelques années, des zones dites de «non-État» ou de «non-droit» en France, en Belgique, au Danemark ou en Espagne, où le pouvoir central semble dépourvu de la moindre emprise sur une réalité délictueuse où trônent des groupes mafieux.
Qu’est-ce à dire ? Pourquoi évoqué-je cette problématique de l’État aujourd’hui ? Une première réponse consiste à dire qu’un État institutionnellement solide constitue probablement le principal atout et une chance inouïe dont peut disposer aujourd’hui un peuple. Il se trouve que, plus que jamais, après moult mésaventures parfois tragiques et autres aventures politiques improbables, le Maroc peut aujourd’hui se targuer de compter parmi les États les plus solides au sein de notre monde en déconfiture avancée. Et cela lui vaut des jalousies tenaces, y compris de la part de certains de ses «amis traditionnels» qui l’ont longtemps considéré comme une «monarchie archaïque» en perte de vitesse ou, pour le moins, «l’homme malade du Maghreb» !
Aussi le fait pour le Royaume de disposer d’un État apaisé, stable et solide, même collé à un proto-État particulièrement belliciste, qui plus est au sein d’une région frappée par une «désinstitutionnalisation» plus ou moins avancée, non loin d’un Sahel partiellement criminogène et séparatiste, pourrait s’apparenter à un miracle. Mais il n’en est pas un, puisque le Royaume s’est investi depuis très longtemps dans l’édification d’un État moderne, avant de s’atteler à la construction d’un État de droit réunissant l’ensemble des attributs constitutionnels, institutionnels, diplomatiques, stratégiques et sécuritaires d’un tel dessein. Que d’obstacles, de pièges et d’entourloupes affrontés et défiés ! Et que de chemin parcouru !
Voilà pourquoi chaque Marocain devrait tenir comme à la prunelle de ses yeux à l’État-nation qu’est notre Royaume et en être particulièrement fier. Des dizaines et des dizaines de peuples rêvent d’un tel État si solide, si enraciné et si respectueux de l’identité plurielle de son peuple. Puisse Le Tout-Puissant nous préserver des ingratitudes vagabondes qui sévissent dans notre monde en lambeaux !
