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Chronique

L’ère du cynisme

Le temps passe et l’histoire se répète. Quelques hommes politiques excellent en créativité pour faire oublier que ce qu’ils font, de bien ou de mal, a déjà été fait autrement. Ils veulent faire croire que la solution ne peut venir que de leur génie.

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Le concept de la «violence légitime», théorisé par le sociologue Max Weber, pourrait grossièrement se résumer en une délégation de la violence, bien qu’obligée, du peuple envers l’État.

Ce dernier centralise le pouvoir et l’autorité et les exerce, à la place du citoyen, afin d’assurer, à sa place, le maintien de l’ordre public. Hélas, depuis Weber, un glissement s’est souvent opéré, transformant son observation sociologique, empirique, en une justification, au nom du contrôle collectif, des limitations de libertés individuelles et de violences parfois injustifiables.

Violence légitime et contrat social

Fondateur de la sociologie moderne, Max Weber produisait les analyses d’un scientifique et non celles d’un politicien. Sa “violence légitime” est donc une description des pouvoirs de l’État et non pas une justification politique, et encore moins une légitimation, de la violence envers le peuple.

Tout en théorisant la constitution des États modernes en tant qu’entités politiques, Weber décrivait ce qui était et non pas ce qui devait ou ce qui devrait être.

Avant Weber, Jean-Jacques Rousseau avait désigné le «Contrat social» en tant que convention tacite, librement consentie, entre les gouvernants et les gouvernés et entre le citoyen et l’État.

Rousseau affirmait que l’ordre politique est légitime s’il résulte d’un accord volontaire entre les individus et sert leur bien-être. C’est ce Contrat social qui permettrait aux hommes de coexister pacifiquement.

Au risque de faire hurler quelques sociologues, au cas où les raccourcis des précédents paragraphes ne l’auraient pas déjà provoqué, ce préalable est là pour faire la transition entre Weber et Rousseau avec Donald Trump et sa clique.

L’objet de la démonstration est celui d’essayer de faire le parallèle entre la convention tacite du Contrat social et la violence légitime de l’État avec la «nouvelle doctrine» qu’essaie d’imposer Donald Trump aux États-Unis et peut-être bientôt dans le Monde.

La différence réside dans le fait que, concernant Trump, la question tourne davantage autour de l’argent, des taxes et des impôts.

Les impôts sans le service public

Weber expliquait que l’État moderne s’est substitué aux autres instances féodales du pouvoir (l’Église, le roi et les villes libres). À chaque instance correspondait un impôt.

Pour l’église, la dîme finançait l’entretien des paroisses et du clergé ; pour le roi, la taille était prélevée pour financer l’armée et la gabelle correspondait à un impôt sur la production industrielle ou agricole ; pour les villes, l’octroi était perçu pour la circulation des marchandises. Il n’est pas anodin que le rapport soit presque direct entre la perception de l’impôt et la violence légitime.

La Révolution française de 1789 a supprimé ces impôts, en en créant d’autres, bien entendu. Trump, lui, veut supprimer les impôts des riches tout en continuant à imposer les pauvres, en n’assurant pas les travaux d’intérêt général et de service public que l’argent des impôts est censé financer en retour.

Nous savons à présent que la nouvelle doctrine «trumpienne» qui n’a pas encore trouvé de nom dérive du libertarianisme qui consiste, à terme, à ne plus s’embarrasser du service public. Même si les impôts que prélève l’État devraient d’abord servir l’intérêt général.

Chacun pour soi et tous contre les autres. Et ce n’est pas un hasard que celui que le nouveau président américain a chargé pour tuer le service public aux États-Unis n’est autre que le milliardaire libertarien Elon Musk.

De plus, sa mission dépasse la mort du service public, elle vise également celle de la coopération, de l’intelligence (humaine, pas artificielle), de la recherche universitaire quand elle n’est utile qu’à sauver l’humanité, le climat ou les libertés et non à engranger de mirobolants bénéfices sur le dos de la misère humaine, aussi universelle qu’elle tendrait à devenir. La Culture est la solution.