Chronique
Législatives Françaises : Apocalypse now ?
La nuit du 30 juin au 1er juillet 2024 fut particulièrement courte pour les binationaux marocains de France et a fortiori pour les immigrés.
La droite extrême est arrivée au seuil du pouvoir au pays des droits de l’Homme. Qu’elle concrétise ou non son accession au gouvernement le 7 juillet, un verrou vient de sauter. D’ores et déjà, la parole raciste s’est libérée et le fascisme d’extraction maurrassienne atteint sa plénitude, non seulement par les voix des Le Pen et autre Zemmour, mais aussi dans le quotidien des Français. La société française est aujourd’hui fin prête pour un retour assumé à l’ère funeste de l’entre-deux-guerres sans crainte ni pudeur !
D’ores et déjà, on cible les binationaux avec des velléités de minoration, de pressions sociales, voire fiscales inédites, depuis la Seconde Guerre. La nationalité française ne sera probablement plus un acquis ad vitam aeternam. D’autres acquis peuvent sauter comme un château de cartes. Les «basanés» subissent d’ores et déjà les regards haineux dans une France qui a perdu l’essentiel de ses repères républicains puisque ses institutions s’apprêtent à devenir les repaires de l’exclusionnisme et de l’exclusivisme national-fasciste.
Une chose est quasiment sûre : l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir ne sera pas sans conséquences au registre de la paix sociale. Outre la société civile, les communautés d’extraction étrangère, les forces de gauche et son extrême ne resteront pas les bras croisés. Les forces de l’extrême droite, visibles ou occultes, pourraient recourir aux pires exactions avec la complicité d’une portion non négligeable de la police déjà connue pour ses pulsions franchement racistes.
Des jours sombres guettent les binationaux et les immigrés. Bicot, bougnoul, melon… ne sont plus des gros mots, puisque leurs synonymes light sont prononcés par des politiques appartenant non seulement à la droite extrême, mais bel et bien à quelques ténors de la droite dite républicaine. En vérité, Macron a soigneusement préparé le lit de l’extrême droite. N’a-t-il pas tout fait pour favoriser le vote de la loi du 26 janvier 2024 destinée à «contrôler l’immigration», et ce, bien avant le désastre des Européennes et la dissolution de l’Assemblée nationale ? N’a-t-il pas donné carte blanche à son ministre de l’Intérieur Darmanin pour fustiger tous azimuts les mouvements de solidarité avec la cause palestinienne, sans compter la confusion savamment orchestrée entre islam et Frères musulmans ?
Cela étant, quid des relations franco-marocaines au cas où l’extrême droite conquerrait l’Hôtel Matignon ? «À plus d’un titre, le Maroc bénéficiera globalement de l’arrivée du Rassemblement national (RN) et ses alliés LR au gouvernement. Le surendettement de la France (111% du PIB) et l’état désastreux des finances publiques ne laissent aucune marge pour la réalisation des promesses du RN et ses alliés. Si le bulldozer fiscal est actionné, on assistera à une avalanche de délocalisations et à la fuite des capitaux, principalement hors de l’UE. Le Maroc peut constituer le meilleur hôte de ces investissements», me dit Richard Moulin, un entrepreneur français résidant au Maroc. Cette analyse me semble très plausible tant la pression fiscale est d’ores et déjà lourde en France.
Et elle le sera crescendo durant les cinq prochaines années. «Ce que je crains le plus, ce sont les velléités de plafonnement des transferts des Marocains de France. Une arme maintes fois brandie, y compris par Macron lui-même à maintes occurrences. Cela ne coûtera pas plus qu’un décret ministériel, voire une banale circulaire du Trésor public ou de la Banque de France», me confie Abdelkébir Idrissi, un vieux routier de la finance associative basé dans le sud-ouest de la France. Une telle hypothèse n’est pas à exclure si elle revêt un caractère universel imposable à l’ensemble des Français. Même si le Maroc dispose d’arguments non négligeables pour en dissuader les autorités françaises quant à sa propre diaspora. Certes, les propos extrêmement favorables au Maroc d’un Éric Ciotti militent en faveur de l’atténuation des craintes marocaines, surtout si ce dernier rejoint la «future probable» équipe gouvernementale de l’après 7 juillet. «Si nous gagnons, nous voulons restaurer des relations d’amitié et de confiance avec le Royaume du Maroc, qui est un grand pays, une grande démocratie pour laquelle j’ai beaucoup de respect et pour laquelle j’ai beaucoup d’amitié et de considération. C’est un enjeu important de rétablir ces relations», déclare le patron des LR dès l’annonce des résultats du premier tour des législatives. Chacun se rappellera par ailleurs ses multiples proclamations sur la marocanité du Sahara.
Même si ce gouvernement piloté par l’extrême droite ne voit pas le jour, le poids des élus du RN et leurs alliés sera, à n’en point douter, si imposant que la configuration des politiques intérieure et extérieure s’en ressentira sensiblement. Reclus dans son palais de l’Élysée, Macron sera largement démuni face à cette percée torrentielle. Nul doute que la diplomatie marocaine saura tirer bénéfice de la situation qui prévaudra au lendemain du second tour des législatives françaises. Elle a su s’adapter à moult lendemains électoraux aux USA, en Italie, en Espagne ou en Italie, défendant bec et ongles ses intérêts supérieurs tant économiques que géostratégiques ou diplomatiques.
Détenant aujourd’hui les clés d’accès aux marchés et aux richesses du continent noir, ayant l’oreille des plus volumineux fonds souverains du Golfe, disposant d’une vision désormais intelligible et audible auprès des superpuissances que sont les USA, la Chine, la Russie et forcément l’UE, le Royaume n’aura pas grand-chose à craindre des sautes d’humeur électorales de l’Hexagone ou d’ailleurs. «L’écume s’en va au rebut, alors que ce qui est profitable aux Hommes demeure sur la terre», est-il écrit dans le Coran.
