Chronique
Le Maroc et les leçons du Cham et de… la France
L’unité nationale autour des fondamentaux qui ont longtemps assuré la prospérité de notre identité plurielle, donc de notre cohésion harmonieuse, constitue une inégalable immunité contre les «fourberies de l’Histoire».
À ceux qui importent dans notre pays les relents conflictuels du Machrek ou d’ailleurs, comme à ceux qui servent les velléités virales des agendas impérialistes, rappelons quelques vérités historiques.
Le long périple historique du Maroc compte sui generis une flopée d’épisodes auxquels il serait hautement utile de revenir de temps à autre afin d’y puiser les leçons, notamment à l’aune de ce que le grand Ibn Khaldoun appelait les «fourberies de l’Histoire».
Si nous nous limitons à situer l’émergence institutionnelle du parcours historique marocain au Royaume de Maurétanie (4e siècle av. J.-C./1er siècle de notre ère), dont l’étendue allait de l’actuel nord du Maroc à l’Oued El-Kébir dans l’actuel Est de l’Algérie, et que l’on y additionne les treize siècles nous séparant de la création par Driss 1er de la première dynastie d’inspiration musulmane, on se retrouverait avec un riche réservoir de péripéties historiques où les leçons foisonnent.
Mais la mécanique des «fourberies de l’Histoire» ne se lasse jamais de guetter les nations. Elle connaît aujourd’hui une accélération inédite. Aussi, ai-je choisi, en cette période enceinte de tant de revers et de travers, d’interroger les bouleversements survenus au Cham, précisément au Liban, en Syrie et en Palestine, d’une part, et ce qui s’apparente institutionnellement à une quadrature du cercle en France, d’autre part.
Tout ce qui se passe en Palestine depuis le Plan de partage décidé par l’ONU le 29 novembre 1947, ce qui s’est passé en Syrie depuis son indépendance le 17 avril 1946, et ce qui advient de l’actuel Liban depuis sa création en 1920 découlent du démembrement de l’Empire ottoman.
Avant ces dates-là, ni ces trois pays du Cham ni a fortiori Israël n’avaient d’existence territoriale et institutionnelle. Voilà la vérité originelle qui doit guider toute analyse historique, géostratégique et politique des alchimies socio-territoriales qui bouleversent le Cham, y compris en ces temps sombres.
Qu’est-ce à dire pour les citoyens de l’ex-Empire chérifien que nous sommes ? D’abord le fait historique tangible que le Maroc est l’unique pays de la sphère arabe à avoir échappé à l’emprise ottomane. Et cela n’est ni le fruit du hasard ni la conséquence de quelque modus vivendi conclu par des puissances hégémoniques ou coloniales sur le dos du Maroc du 13e siècle, date de la fondation de l’Empire ottoman, au 20e siècle, date de son abolition.
Par conséquent, l’une des trois plus vieilles monarchies du monde, la nôtre, s’est prémunie à travers les siècles contre les «fourberies de l’Histoire».
Chaque fois que le destin de la monarchie marocaine se trouve confronté à des incidents, voire à des accidents, fussent-ils des plus dramatiques, le peuple marocain trouve en ses valeurs cardinales suffisamment d’immunité pour en sortir indemne et souventement encore plus fort.
Là est l’arme fondamentale de la pérennité de notre vivre-ensemble. Les peuples du Levant susnommés, eux, subissent depuis plus d’un siècle les pires pathologies territoriales et institutionnelles que sont les guerres, les dictatures, les mongolismes idéologiques, les partitions, les dévastations, les défaites, les humiliations, les nettoyages ethniques… Et pour cause.
Au sortir de la vassalisation par l’ex-Empire ottoman, tous ces pays ont raté leur émergence en États-nations dotés de moyens adéquats de leur pérennité, dont le premier est la fédération de leurs ethnies constitutives autour d’une identité plurielle constamment préservée contre les compulsions séparatistes et, surtout, idéologiques.
Mais cela suffit-il ? À examiner de près la quadrature du cercle institutionnelle que vit la France sous la présidence de Macron, on est tenté d’en douter.
Comment une si vieille démocratie en arrive-t-elle aujourd’hui à frôler la désintégration sociopolitique sous une république dont la constitution s’avère de plus en plus inapte à endiguer les remous séparatistes sévissant dans les DOM-TOM, les jacqueries type Gilets jaunes, les relents toxiques du national-populisme, les dérives budgétaires ou encore les chamailleries égotistes des élites ?
Ni les fondamentaux de la République initiés par la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 ni les milliers d’acquis juridiques égalitaires à commencer par le joyau exclusivement français qu’est la laïcité ne semblent venir à bout de la tourmente qui frappe actuellement la nation de Voltaire.
En vérité, si les malheurs du Cham ont pour origine le «péché originel» d’une émergence ratée d’États-nations solides au sortir de la mainmise de l’ex-Empire ottoman, le mal-vivre français actuel semble avoir pour origine l’incapacité du peuple français et ses élites à s’adapter à un monde où ne peuvent prospérer – voire survivre – que les nations ouvertes à la circulation des populations, des richesses, des idées, des innovations et, surtout, à la capacité de se remettre constamment en question.
Et cela ne semble toujours pas du goût d’un pays où l’on n’hésite plus à prôner haut et fort l’exclusion et l’exclusive, comme en témoignent les grands médias audiovisuels populaires type CNEWS ou BFMTV.
Voilà pourquoi notre pays doit se protéger contre les forces intérieures et extérieures qui visent les valeurs cardinales qui soudent la pérennité de son vivre-ensemble au moyen de lois coercitives tout à la fois efficaces et respectueuses des droits humains.
L’unité nationale autour des fondamentaux qui ont longtemps assuré la prospérité de notre identité plurielle, donc de notre cohésion harmonieuse, constitue une inégalable immunité contre les «fourberies de l’Histoire». N’est-ce pas messieurs les préposés aux aboiements nihilistes par les puissances toxiques du Machrek, du Maghreb ou d’ailleurs ?