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Chronique

Le cinéma des institutions

Une nouvelle loi sur l’audiovisuel marocain viendra peut-être chambouler un secteur cinématographique qui a bien besoin d’une réforme pour arriver à une quantité qualitative de la création cinématographique. Quelques réflexions dites en passant.

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La Chambre des représentants a approuvé, à la majorité et en deuxième lecture, lors d’une séance législative, tenue lundi 2 décembre à Rabat, le projet de loi n°18.23 relatif à l’industrie cinématographique et portant réorganisation du Centre cinématographique marocain (CCM).

Ça, c’est pour le jargon juridique et législatif.
Le projet de loi, adopté en deuxième lecture par la Commission de l’enseignement, de la culture et de la communication après son renvoi par la Chambre des conseillers, a recueilli 131 voix pour et 47 abstentions.

Il a suivi le processus législatif, avec une première et une seconde lecture aux Chambres des conseillers et des représentants, en passant par la Commission de l’enseignement, de la culture et de la communication.

Ça, c’est pour la communication institutionnelle du ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication, tutelle du secteur du cinéma, de l’audiovisuel et du CCM.

Rhétorique de langue de bois
Une communication façon «exercices de style» à la Raymond Queneau, jouant différentes figures de rhétorique pour jongler entre des phrases creuses, «ce texte législatif a pour objectif de créer une industrie cinématographique développée, à la hauteur des aspirations du Royaume et fondée sur les principes de gouvernance, de concurrence et d’égalité des chances», encore heureux, dirions-nous.

Et des objectifs d’orientation préalables (si on veut être subventionnés) de la création cinématographique. Précisant, dans la bouche du ministre, le champ d’application du texte, «notamment au niveau du soutien à la coproduction de films historiques, nécessitant une vision qui préserve l’histoire et l’identité nationales».

Réguler l’économie de la culture aussi
Dans le débat actuel autour des industries créatives, plus précisément dans la promotion récurrente et euphoriquement dithyrambique de tous les bienfaits qu’elles pourraient nous apporter, l’on se rend compte que la régulation de l’économie de la culture va être aussi ardue que dans n’importe quelle autre économie.

Les puissants voulant imposer leurs règles afin de garder le plus de chances de faire le plus de bénéfices. Le ministre de la Culture a dû rejeter une proposition d’amendement déposée par le groupe de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) qui visait à ouvrir le champ aux investisseurs pour gérer plusieurs activités dans le secteur cinématographique (production, exploitation, distribution, etc.).

Le patronat plaidant pour une liberté totale d’entreprendre, une exception libérale culturelle faisant sortir les activités du secteur cinématographique de la philosophie de régulation imposée à certaines professions réglementées (avocats, médecins, architectes…)

Le ministre rappelle toutefois que dans le contexte actuel du marché marocain, ne pas faire de régulation favoriserait des situations de monopole et de concentration excessive. Dans le cas de la culture, cela orienterait indubitablement les thématiques, les sujets, les créations et le choix des publics.

Bref, ce n’est pas de bon augure pour la diversité culturelle que devrait recueillir la création artistique en général et cinématographique en particulier.

Conditionner le financement public
Le ministre a également rappelé au patronat, avec des chiffres à l’appui, que le marché du cinéma au Maroc reste largement tributaire de la subvention publique. Entre 2020 et 2024, 80% des entreprises du secteur cinématographique reposaient sur du financement public.

Il faudrait que nous nous rappelions aussi que le financement public doit servir également le service public. Et là, ce service consiste, en plus de la régulation de l’État pour assurer la transparence et une concurrence saine entre les acteurs de la filière, en un travail de démocratisation culturelle pour un accès plus généralisé aux œuvres, à l’éducation artistique à l’école, à l’éducation populaire en dehors de l’école, à la formation des professionnels…

Je continue de radoter, mais ne dit-on pas que la répétition est aussi une méthode pédagogique. La Culture est la solution.