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Chronique

L’argent de la philanthropie et du mécénat

L’histoire humaine a toujours été jalonnée d’actes de générosité, où les plus fortunés ont choisi de redistribuer une partie de leur richesse pour le bien commun.

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La philanthropie, terme émanant de la Grèce antique pour désigner l’amour de l’humanité, est le cœur battant d’une tradition noble où les privilégiés redistribuent leurs richesses pour le bien-être collectif.
Le mécénat est une forme plus spécifique de la philanthropie avec laquelle il partage l’objectif de contribuer à l’intérêt général et à faire progresser la société. Il se concentre principalement sur le soutien des arts, de la culture, et parfois de l’éducation et de la recherche.
Aux États-Unis, cette tradition est ancrée dans le tissu social et constitue un des piliers de la culture du pays. Des icônes, telles que Bill Gates, Elon Musk, Warren Buffett et bien d’autres, ont façonné ce paysage avec des contributions qui vont au-delà de la charité. Ces gestes ne sont pas seulement des éclats de générosité, mais sont aussi soutenus par un système fiscal qui favorise le dynamisme philanthropique via des incitations substantielles.
La France, avec sa loi de juillet 1987, a éveillé à la culture de la fondation. L’État, autrefois seul maître du jeu de l’aide publique, a reconnu l’importance et l’efficacité du secteur privé et de la société civile dans l’essor de l’intérêt général. Le mécénat y est devenu un levier d’innovation sociale, stimulé par des avantages fiscaux qui ont suivi l’esprit de cette réforme législative.
En puisant dans les racines de la civilisation arabe, nous redécouvrons les califes abbassides dont le soutien aux sciences et aux arts a présidé à un âge d’or culturel. Leur vision avant-gardiste a laissé des empreintes indélébiles, qui se perpétuent aujourd’hui dans les sociétés arabes contemporaines.
Dans le Maroc d’aujourd’hui, le mécénat transcende la simple tradition pour devenir une véritable culture. Bien que souvent il semble être pratiqué de manière anonyme et ponctuelle par des citoyens engagés, même si les chiffres précis font défaut à cet égard, les actes de générosité sont souvent le fait d’une conscience collective envers les plus démunis.
Quant aux entreprises marocaines, elles sont incitées par la législation fiscale à apporter leur soutien à un ensemble défini d’institutions ou d’organisations. Elles peuvent bénéficier d’une réduction de leur base imposable en faisant des dons, qu’ils soient financiers ou en nature, à ces entités reconnues. Parmi ces institutions figurent notamment les Habous publics, l’Entraîde nationale, les associations reconnues d’utilité publique, qui œuvrent dans un but charitable, scientifique, culturel, artistique, littéraire, éducatif, sportif, d’enseignement, de santé ou environnemental et certaines fondations nationales qui agissent pour la solidarité, la santé, l’éducation et les œuvres sociales.
Quant aux organisations ayant conclu avec l’État une convention de partenariat pour la réalisation de projets d’intérêt général, la déductibilité des dons du résultat fiscal est limitée à deux pour mille du chiffre d’affaires du donateur. Au Maroc, la notion de «Fondation» ne bénéficie pas encore d’une distinction claire par rapport au statut d’association, en raison de l’absence d’une réglementation spécifique la concernant. À l’international, la fondation se caractérise généralement par la poursuite d’un projet visant l’intérêt général, soutenu par des ressources dédiées à cet effet. En contraste, une association se définit comme un regroupement de personnes unissant de manière durable leurs compétences ou leurs activités, avec l’objectif non lucratif de ne pas partager des bénéfices.
Dans un État social qui œuvre à promouvoir le lien social et qui s’appuie de plus en plus sur la société civile pour renforcer la solidarité et la cohésion, l’adoption du projet de loi relatif à l’économie sociale et solidaire apportera certainement aussi une redéfinition du cadre juridique régissant le mécénat et la philanthropie, afin de s’adapter à la nouvelle vision du Maroc d’aujourd’hui.