Chronique
La forme versus le fond
La promesse du ministre de la Culture et de la communication d’ouvrir plusieurs salles de cinéma au Maroc est en train d’être tenue. Des précisions sont toutefois utiles pour savoir de quoi vont avoir l’air ces nouvelles salles. Et les interrogations sur la programmation et la manière de faire revenir le public appellent encore des réponses.
Les cinéphiles sont contents, le ministre de la Culture et de la communication les a écoutés. Les 150 salles de cinéma promises sont en route. Cinquante d’entre elles viennent d’ouvrir ou sont en train. Mais à la question du pourquoi du retard de la livraison d’une promesse qui va bientôt dater de trois ans, la réponse est que le ministre voulait les ouvrir d’un coup et simultanément. C’est mieux pour la communication.
Culture et communication
Nous y sommes, pour un même ministère qui rassemble les deux compétences, il s’agirait davantage de communication que de culture. Et pour cause, si nous nous intéressons aux détails, les salles en question existaient déjà. Précision utile, ce ne sont pas des salles créées ex nihilo. Il s’agit des maisons de jeunesse ou des centres culturels que l’on équipe d’un vidéoprojecteur (de la marque Christie, pour les connaisseurs), d’un système son et d’un serveur.
Ce sont, donc, des lieux qui étaient dédiés à d’autres disciplines artistiques (musique, théâtre, arts visuels…), ou à d’autres activités ludiques ou sportives et qui n’excellaient déjà pas vraiment dans leur rôle d’action culturelle de proximité ou de lieux de vie pour les jeunes et les moins jeunes du quartier ou du village. Ou alors, ces lieux accomplissaient bien leur mission peut-être, mais nous ne pouvons pas le savoir, puisqu’il n’y a pas d’évaluation ou alors si elle existe, on ne la communique pas. Bref, tant qu’à faire, équipons ces salles et comptabilisons-les en tant que salles de cinéma. Même si ça ne fonctionne pas vraiment, cela améliorera au moins les statistiques et, du coup, la communication.
Parlons à présent du fond
Maintenant que la communication sur ces salles de cinéma a été faite, et bien faite, quid de la communication sur la programmation, sur la pérennité de ces salles, sur les thématiques abordées, sur les directions artistiques, sur les publics à faire venir et surtout comment les faire (re)venir ? Parlons à présent du fond après avoir trop mis en avant les formes. Bref, que le ministère communique sur sa politique culturelle de diffusion du cinéma au Maroc, sur l’éducation artistique au cinéma dans les écoles pour fabriquer les futurs cinéphiles ou sur sa stratégie pour une éducation populaire à travers le cinéma, pour ceux qui ne sont plus à l’école ou qui n’y ont jamais été.
Au demeurant, il n’y a pas de mal à améliorer la vie de ces maisons de jeunesse et centres culturels avec une programmation, une meilleure gestion, des évaluations récurrentes, des budgets pour la création, d’autres pour la diffusion… Des détails de la programmation, oui, il y en a eu un peu. L’on y programmera que des films marocains. Bien, mais combien de temps pourrions-nous tenir une programmation qu’avec des films marocains ?
Pour que cette fête du cinéma soit durable
Mon souhait n’est pas de gâcher la fête avec mes questions, mais celui que cette fête de cinéma qui s’annonce soit durable et qu’elle touche le maximum de publics possibles. Qu’elle ne soit pas qu’un énième effet d’annonce éphémère, car son objectif n’aurait été que de communiquer.
«La logique est relativement simple: si vous avez plus de salles, il y aura plus de productions, et donc davantage de recettes». Cette phrase est du conseiller du ministre pour le projet de création des 150 salles de cinéma. Un peu léger pour une politique culturelle du cinéma. Le ministère de la Culture et de la communication serait mieux inspiré s’il arrêtait de confondre animation, événementiel, communication et action culturelle. La Culture est la solution.
