Chronique
La course à l’intelligence artificielle envers et contre tous
Bien décidée à bénéficier de la prime au premier arrivé sur un marché encore déstructuré, Londres a dévoilé cette semaine sa volonté de faire du Royaume-Uni le «leader mondial» de l’IA.
Après la guerre des étoiles, voici venue la guerre de la toile, avec comme principale pomme de discorde les avancées technologiques offertes par l’intelligence artificielle.
Et en la matière, l’Angleterre a ouvertement lancé les hostilités vis-à-vis de la communauté internationale.
Bien décidée à bénéficier de la prime au premier arrivé sur un marché encore déstructuré, Londres a dévoilé cette semaine sa volonté de faire du Royaume-Uni le «leader mondial» de l’intelligence artificielle.
Le plan d’action présenté par le Premier ministre travailliste comprend une cinquantaine de propositions, avec l’intention d’exploiter dans sa globalité le potentiel de cette technologie.
Il s’agit notamment de créer des «zones de croissance de l’IA» destinées à faciliter l’implantation d’entreprises investies dans ce secteur.
Elles pourront ainsi obtenir, de manière simplifiée, des permis de construire pour aménager différentes infrastructures, telles que des data centers.
La première de ces zones devrait d’ailleurs voir le jour près de l’université d’Oxford dans le sud-est du territoire.
À travers cette stratégie, le gouvernement anglais fait preuve d’intelligence économique pour griller la priorité à la concurrence.
Il entend ainsi multiplier par 20 la capacité de calcul du pays d’ici 2030, en créant notamment un nouveau «superordinateur».
De quoi booster une économie à bout de souffle.
Une véritable bouffée d’oxygène, comme l’illustre la décision de trois grandes entreprises technologiques d’investir quelque 17 milliards d’euros, avec à la clé pas moins de 13.000 emplois.
Des chiffres aussi vertigineux que les infinies possibilités offertes par les outils qu’elles entendent développer.
Ces premiers bénéfices, pour le moins alléchants, ont mis Londres en appétit, au point de se permettre quelques libertés avec les droits fondamentaux.
En décembre dernier, déjà, le gouvernement de Keir Starmer avait proposé de rendre librement accessibles les contenus créatifs pour permettre aux IA génératives de s’entraîner.
Par ailleurs, l’exécutif britannique ne s’inquiète guère des risques ou des dangers qui peuvent se profiler à l’horizon.
Il préfère laisser toute la latitude aux géants de la tech de tester et d’expérimenter leurs logiciels, avant de légiférer.
Et tant pis si cela ouvre la voie à quelques écarts de conduite.
Cette flexibilité censée permettre à l’Angleterre de se démarquer risque fort de ne pas peser très lourd face à la puissance américaine.
D’autant plus que Donald Trump, connu pour ses positions libérales à l’égard des groupes informatiques, est sur le point de faire un retour fracassant aux affaires.
En attendant, l’administration Biden vient de dégainer de nouvelles armes, s’ajoutant à celles utilisées fin 2023 pour contrer la Chine.
Cette fois, ce sont d’autres pays, ennemis ou faux amis qui sont concernés.
Afin de préserver leur position de première puissance en matière d’intelligence artificielle, les USA veulent imposer de nouvelles autorisations sur les exportations de puces informatiques sophistiquées.
Ils entendent aussi renforcer les contrôles sur la diffusion des paramètres des modèles d’IA générative.
Quant aux centres de données, ils devront respecter des conditions de sécurité renforcées pour avoir le droit d’importer des composants de pointe.
Et au milieu de tout ce branle-bas de combat, l’Union européenne observe, impassible, et se limite à faire part de sa préoccupation sur la base de sa légère législation.
Un immobilisme qui soulagerait presque Londres d’avoir opté pour le Brexit.