Chronique
Investir à l’étranger : Un défi à relever
Dans le monde des affaires, l’expansion internationale représente souvent le couronnement d’un parcours déjà jalonné de succès pour les entreprises marocaines qui ont su prospérer dans leur pays d’origine et développer leur marque.
Pour elles, l’investissement à l’étranger n’est pas seulement une option, mais plutôt une étape naturelle dans leur évolution, une opportunité pour conquérir de nouveaux marchés et consolider leur présence sur la scène mondiale.
Nombreux sont les piliers de notre économie, généralement des acteurs institutionnels ou de grandes entreprises familiales, qui ont choisi de relever le défi hors des frontières nationales. Des secteurs aussi variés que les services financiers, les assurances, les télécommunications, le bâtiment, les travaux publics, la promotion immobilière et bien d’autres ont su conquérir des marchés aussi divers que l’Afrique et l’Europe. En Afrique, où le Maroc se positionne en tant que deuxième investisseur, des secteurs clés comme les mines et les phosphates ont été parmi les pionniers à s’implanter sur ce continent, ouvrant ainsi la voie à d’autres entreprises marocaines.
Cette dynamique d’expansion internationale ne cesse de croître et de se renforcer, car les entreprises cherchent constamment des relais de croissance et des opportunités de développement.
Au Maroc, cette tendance est encouragée par une réglementation des changes de plus en plus souple et libérale, qui facilite les transactions internationales et encourage les entreprises à explorer de nouveaux horizons. Cette ouverture vers l’international renforce également la diplomatie économique du Maroc et lui permet de gagner en visibilité sur la scène mondiale.
De plus, l’investissement à l’étranger offre des perspectives de rendement attractives pour les entreprises marocaines, avec des taux pouvant atteindre entre 17 et 30% selon l’Office des changes.
Depuis 2022, les flux des transferts à l’étranger sont librement autorisés jusqu’à 200 millions de dirhams par personne morale et par année civile, quelle que soit la destination choisie.
Que cet investissement se fasse par dotation en fonds propres d’une société nouvelle à l’étranger, par prise de participation avec un minimum de 10% dans le capital de sociétés existantes, ou par financement des dépenses d’exploitation d’une succursale, les possibilités sont nombreuses et variées. L’investissement peut prendre également la forme d’avances aux sociétés dont la participation est détenue dans l’entreprise, mais doivent être rémunérées aux conditions du marché.
Sur le plan fiscal, depuis 2019, un avantage important pour les entreprises marocaines réside dans la possibilité de déduire de l’impôt sur les sociétés la taxe prélevée dans le pays source sur les intérêts des avances en compte courant d’associés, sous certaines conditions et dans certaines limites.
Mais cette ouverture vers l’international n’est plus réservée uniquement aux grandes entreprises et concerne également les start-up marocaines qui se distinguent par leur dynamisme et leur créativité. En effet, depuis cette année, une nouvelle réglementation des changes vise à dynamiser le secteur des start-up et ouvre l’opportunité d’investir à l’étranger aux fondateurs des jeunes entreprises innovantes en nouvelles technologies qui osent relever le challenge.
Elle permet aux investisseurs, personnes physiques, ainsi qu’aux personnes morales, OPCC ou institutions financières, d’apporter une partie ou la totalité des parts détenues dans l’entreprise marocaine à des entités de droit étranger à créer. Voilà ce qui encouragerait une plus grande ouverture de nos start-up nationales sur la scène internationale et viendrait renforcer leur compétitivité. Elles doivent cependant bénéficier d’un engagement ferme de financement auprès d’un bailleur de fonds étranger et restent soumises à l’obligation de rapatrier leurs revenus dans des délais rapides.
Une autre nouveauté introduite dans l’instruction de 2024 concerne les sociétés holdings dont la vocation et l’objectif sont de prendre des participations à l’étranger. Ces sociétés doivent désormais solliciter des autorisations pour les transferts de fonds, ce qui constitue une mesure visant à encadrer davantage et réguler les prises de participation à l’étranger par les sociétés marocaines.
Bien que cette disposition puisse réduire certains des avantages de la place financière de Casablanca en matière de libéralisation des changes, elle apporte en revanche une clarification et une transparence dans le texte réglementaire, notamment à l’égard des intermédiaires financiers.
La croissance des entreprises marocaines à l’étranger est donc une réalité, façonnée par une réglementation de plus en plus favorable et une volonté constante d’explorer de nouveaux horizons. D’ailleurs, la Charte de l’investissement récemment entrée en vigueur soutient cette dynamique en prévoyant un dispositif de soutien dédié dans ce sens.
