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Chronique

Influenceurs, influencés, influençables

L’influence à travers Internet et les réseaux sociaux est de plus en plus présente dans le façonnage des idées et des opinions dans le monde. Les influenceurs d’aujourd’hui prennent petit à petit la place des leaders et des relais d’opinion d’hier. Voyons ce que l’influence pourrait avoir de dangereux en démocratie.

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Les influenceurs défrayent la chronique ces temps-ci. Ils font désormais partie des sujets de conversation dans les cafés, en famille, entre amis, collègues…

Les conversations sont encore plus alimentées par les chroniques judiciaires, qui rapportent un nombre croissant d’influenceurs inquiétés ou condamnés par la justice. C’est dire à quel point le «travail» de ces influenceurs devient central dans le façonnage des esprits, des opinions et des comportements… et même de vision du monde pour quelques-uns.

Quand l’influence fonctionne trop facilement
Ce n’est pas l’apanage du Maroc. Les réseaux sociaux constituent, pour une majorité de pays dans le monde, de nouveaux espaces d’expression. Dans l’absolu, c’est une bonne chose que de multiplier les espaces propices aux échanges des idées.

La situation devient alarmante quand la multiplication des influenceurs s’accompagne de la recrudescence des influencés. C’est-à-dire quand l’influence fonctionne facilement, ou trop facilement, sans rencontrer de résistance sous forme d’esprit critique.

Quand cette influence se limite au marketing commercial qui ne concerne que des comportements de consommation, l’on peut considérer qu’il s’agit d’une évolution presque normale des techniques publicitaires. Hélas, la tendance dépasse ce constat. Car les réseaux sociaux remplissent de plus en plus des rôles politiques.

L’influence devient idéologique. L’on se souvient du rôle qu’a joué Facebook dans la première élection de Donald Trump et dans le Brexit anglais. Le scandale «Cambridge Analytica» les a révélés a posteriori.

Elon Musk, propriétaire du réseau «X», anciennement Twitter, révèle aussi l’importance qu’a eue son réseau dans la récente réélection du président américain. L’on se rappelle aussi l’apport du réseau «WhatsApp» dans l’élection de Jair Bolsonaro au Brésil en 2018.

Une influence qui fausse les résultats en démocratie
Et quand l’influence, à travers les réseaux sociaux, devient presque incontournable dans le façonnage politique des pays, et dans celui des esprits, il y a de quoi s’inquiéter.

Car dès lors, le résultat des élections n’est plus issu d’un débat plus ou moins construit, avec des pour, des contre et des entre-les-deux, et de négociations démocratiques entre différentes visions de l’avenir. C’est encore plus inquiétant quand le résultat est orienté par des algorithmes et par ceux qui les maîtrisent ou par ceux qui en sont les propriétaires.

C’est encore plus inquiétant quand les influenceurs s’adressent à des personnes facilement influençables, pour qui les réseaux sociaux constituent parfois les uniques sources d’information qu’ils consultent, d’autant plus qu’ils apportent leur lot de dopamine.

Chez nous, en rencontrant un terrain peut-être propice, l’influence ne pouvait que bien fonctionner. Les réseaux sociaux, limitant le débat d’idées à celui du commentaire, ont davantage de succès chez une population qui ne lit pas beaucoup.

Et en l’absence d’un débat public libre et d’une construction d’un esprit critique à l’école et en société, les premières victimes de cette situation sont les influencés eux-mêmes.

Car rendus influençables par manque de politiques publiques d’émancipation et d’esprit critique. La Culture est la solution.