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Chronique

Influençables

Tout a été dit, ou presque, sur ce qui s’est passé à Sebta, les 30 et 31 juillet dernier, et sur ce qui aurait pu se passer encore le 15 août. Maintenant que l’affaire s’est un peu tassée, analysons ses causes et conséquences, froidement, sans affect et avec le recul nécessaire pour en tirer, peut-être, des leçons pour l’avenir.

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Nous, citoyens ordinaires, ne connaissons toujours pas l’origine de la manipulation, ni comment s’est déroulée «l’organisation collective» qui a fini par rassembler des dizaines de milliers de personnes vers un et seul et même objectif, ni sous quelles formes avaient été opérées la rumeur et l’organisation originelle de la communication dans les réseaux sociaux ? Qui a eu en premier l’idée d’exploiter une information pour provoquer une crise au Maroc et en Europe ?

Il y a encore du travail pour connaître les détails, soit des sources officielles (marocaines ou espagnoles), soit des journalistes qui enquêteraient pour comprendre et écriraient pour expliquer, soit plus tard encore des universitaires qui feraient de ce drame humain un sujet de recherche s’intéressant à un phénomène social total, comme aurait dit Marcel Mauss.

Trop de questions sans réponses
Ce qui est certain pour l’instant, c’est que beaucoup de questions demeurent posées. Soit à cause des trop nombreuses réponses contradictoires, soit à cause du manque de communication de ceux qui en savent quelque chose. Ou/et peut-être même la crainte de certains de dire vraiment ce qu’ils savent ou pensent.

Une désinformation qui se transforme en actions
L’affaire est partie d’un arrêt du Tribunal suprême espagnol, pris le 29 juin et rendu public le 8 juillet, interdisant aux autorités espagnoles de renvoyer immédiatement au Maroc les personnes interceptées en mer alors qu’elles tentaient de rejoindre Sebta ou Melilia à la nage.

Cette décision concerne le cas d’un ressortissant algérien intercepté en mer le 14 novembre 2024, alors qu’il tentait d’atteindre Sebta.

L’intéressé avait saisi la justice espagnole contestant la légalité de sa remise aux autorités marocaines, sans identification préalable ni ouverture d’une procédure individuelle de reconduite.

En 2024 (déjà), un premier jugement local du tribunal de Sebta lui avait donné raison, confirmé en 2025 par le Tribunal supérieur de justice d’Andalousie, estimant que sa remise immédiate aux autorités marocaines ne reposait sur aucune base légale. L’affaire n’est donc pas nouvelle.

Il n’est pas question, ici, de discuter de la base légale ni de la portée «jurisprudentielle» de cette décision, mais d’essayer de comprendre «comment une désinformation se transforme en comportement collectif ?»

Une question posée depuis peu de temps par une chercheuse de l’Université Hassan II de Casablanca, Lamia Joumala, qui a travaillé sur le rôle joué par TikTok dans la propagation d’une rumeur qui a conduit un groupe de jeunes Marocains à tenter de rejoindre Sebta en septembre 2024. Ce n’était donc pas la première fois que cela se passait, presque de la même façon.

Ce n’est peut-être que l’ampleur du phénomène et de son traitement médiatique qui ont fait du 30 juillet un «événement européen».

En plus de la question de la véracité de l’information, il y a celle, plus importante, de la réceptivité de la rumeur par un trop grand nombre de personnes dont le rêve d’une vie meilleure rend si fragiles et si influençables en en faisant tous des candidats à l’immigration.

Ce qui serait souhaitable, c’est de comprendre mieux ce qui s’est passé, retenir les leçons du passé pour qu’il y ait un avant et un après «Sebta 2026».

L’après serait constitué d’une sincère volonté politique de construire un citoyen capable d’esprit critique l’empêchant d’être aussi facilement influençable aux rumeurs et aux «idées» propagées par les réseaux sociaux. Au péril de sa vie.

C’est pour cela aussi que la Culture est la Solution.