Chronique
Industries culturelles, suite et pas fin
Parlons Culture, plus précisément action culturelle. Et plus globalement politiques culturelles. Autrement dit, parlons des conditions qu’il faut pour que l’action culturelle soit efficace et utile aux objectifs qu’on lui aurait assignés. Quels que soient ces objectifs, pourvu qu’ils soient réfléchis, clairs et lisibles.
Et surtout, (re)parlons industries culturelles et créatives. D’une part, parce qu’elles méritent une série de chroniques, elles aussi, tellement il y a à dire et à écrire ; et chez nous, à boire et à manger.
D’autre part, parce qu’il s’agit visiblement de la mode du moment. Car après la seconde édition des Assises des industries culturelles et créatives organisées par la Fédération éponyme, en octobre, voilà à venir en décembre, toujours à Rabat, le 2e Forum des «mêmes» industries culturelles et créatives, organisé par la Fondation Hiba.
Ce qui aurait été au demeurant un bon signe – celui d’organiser des réflexions autour d’une thématique intéressante et porteuse – retombe à l’eau à cause d’un discours redondant que les organisateurs répètent invariablement chaque année.
Industries créatives, bis repetita
À croire que l’on perd sa créativité lorsqu’on se met à ne parler, quand il s’agit de culture, que des industries créatives, tout en n’ayant pas grand-chose de nouveau à dire. L’on se met donc à répéter que les industries culturelles et créatives peuvent créer des emplois, des opportunités, de la richesse, du potentiel…
Qu’elles représentent une part importante dans le PIB de pas mal de pays (France, Allemagne, États-Unis, Corée du Nord, Canada, Hong-Kong…) mais pas encore du nôtre, hélas ! Mais nous avons du potentiel…
Pour beaucoup, il s’agit d’une niche ou d’une échappatoire que d’aucuns ne sont pas prêts de lâcher.
Ça permet de ne pas traiter l’essentiel pour ceux qui le doivent (responsables publics) et de se concentrer sur les bénéfices en argent sonnant et trébuchant (entreprises privées), pour ceux qui le peuvent. Comme dit l’adage : «Chacun est en quête d’une ruse lui permettant d’en vivre tout au long de sa vie».
Le diable dans les détails
En allant chercher les détails, tout en maudissant le diable (layna3al chitane), car c’est exactement dans les détails qu’il a choisi d’élire domicile, nous pourrions voir ce qui cloche, et pourquoi les industries culturelles et créatives fonctionnent ailleurs et pas encore chez nous.
C’est qu’il faudrait que le service public prépare le terrain aux entreprises privées pour qu’elles puissent exercer leurs activités et trouver une clientèle. Voici un petit exemple qui en donne l’illustration. La programmation des concerts est maximale de mai à septembre, pendant les mois de l’année où il fait bon. Les concerts des grandes stars ont lieu à l’air libre, pendant des festivals d’été, à entrée gratuite.
Le reste de l’année, c’est l’étiage. Les pays «normaux» se dotent d’infrastructures permettant au public de venir voir les Rolling Stones, les Pink Floyd ou Nirvana… même s’il pleut dehors. Pour ce faire, on doit construire des salles dites de musique actuelle, couvertes avec une configuration du public debout devant une scène un peu plus haute que celles du théâtre.
En l’absence de salles de ce type, point de programmation de concerts de grandes stars internationales d’octobre à avril. Et pourtant, des tournées se font partout dans le monde toute l’année.
Résultat, pour l’économie culturelle, un manque à gagner pour cause d’absence de moyens de production, comme dirait Marx, et une lacune dans l’offre culturelle faite aux Marocains, pendant la moitié de l’année.
Moralité: oui aux industries culturelles et créatives, à condition d’en assurer les conditions préalables (infrastructures, éducation artistique et populaire, formation professionnelle…). La Culture est la Solution.